• Oui, nous pouvons vaincre
    le paludisme !

     
    08/09/2008 | Mise à jour : 10:38 |
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    Awa Marie Coll-Seck et Michel Kazatchkine, professeurs de médecine, respectivement directrice exécutive de «Faire reculer le paludisme» (RBM) et directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, expliquent que lutter contre la maladie est un investissement rentable pour la communauté internationale.

    Le paludisme, transmis par les moustiques, menace 3,2 milliards de personnes en Afrique et en Asie, mais aussi en Amérique latine. Cette maladie parasitaire est responsable chaque année de 350 millions d'accès de fièvre palustre et d'au minimum un million de décès, essentiellement chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. En Afrique subsaharienne, elle provoque un décès chez les enfants de moins de 5 ans toutes les trente secondes, et inflige à l'Afrique au moins 12 milliards de dollars en coûts annuels directs.

    Depuis l'échec relatif des tentatives d'éradication lancées dans les années 1950, le monde semblait s'être résigné à l'extension régulière de ce fléau connu déjà dans l'Antiquité. Depuis le lancement du partenariat « Faire reculer le paludisme » (RBM) en 1998, l'ambition renaît. Stopper l'augmentation des cas de maladie constitue l'un des huit «objectifs du millénaire» ratifiés en 2000 par tous les États membres de l'ONU. Cet objectif a manifestement abouti à des résultats concrets : sur les cinq dernières années, les pays les plus touchés par la maladie, tels l'Afrique du Sud, le Burundi, l'Éthiopie, l'Érythrée, le Kenya, le Mozambique, le Rwanda, le Swaziland ou la Zambie, ont vu leurs nouveaux cas de paludisme et la mortalité qui leur est associée, diminuer de moitié, voire des deux tiers. Sur l'île de Zanzibar, le paludisme a même quasiment disparu. Au Rwanda, les enseignants des facultés de médecine en viennent à utiliser des vidéos pour enseigner le paludisme à leurs étudiants, tant les cas cliniques deviennent rares dans leurs services hospitaliers.

    Quelle est la recette de ces premiers succès, presque miraculeux à l'aune des déconvenues que l'aide au développement a pu connaître dans le passé ? D'abord, depuis 1998, la communauté internationale devient de plus en plus sensibilisée à l'impact du paludisme, et les moyens financiers sont en hausse. Depuis la création du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en 2002, l'aide internationale est passée de 60 millions de dollars à un milliard en 2007. Le Fonds mondial assure les deux tiers de ce financement. Ensuite, une harmonisation des interventions, au plan international et sur le terrain, est facilitée par la coordination qu'exerce le partenariat « Faire reculer le paludisme » (RBM). Enfin, une stratégie globale qui s'efforce de combiner au mieux tous les moyens techniques existants. Les 146 programmes soutenus par le Fonds dans 78 pays ont d'ores et déjà permis la distribution de 59 millions de moustiquaires imprégnées d'insecticides d'une durée d'action de trois à cinq ans, des pulvérisations massives d'insecticides dans les zones exposées, comme l'Afrique du Sud, le Swaziland et le Mozambique l'ont conjointement mis en œuvre avec succès dans leurs régions frontalières, et la diffusion de plus de 60 millions de traitements à base d'artémisinine (ACTs), les seuls médicaments à demeurer efficaces contre le parasite. Les financements acquis devraient rapidement permettre plus qu'un doublement de ces chiffres.

    Le 9 septembre, à l'initiative des Amis du fonds mondial Europe et de sa présidente, l'ancienne ministre Michèle Barzach, le président Nicolas Sarkozy inaugurera, sur le Pont des Arts, en présence de ministres de la Santé représentant plus de vingt pays, une exposition photographique sur le thème «Ensemble, faisons du paludisme une maladie du passé» et une campagne de sensibilisation de l'opinion publique française et européenne.

    Beaucoup reste à accomplir. La transmission du paludisme dans les zones endémiques ne sera freinée que si 80 % de la population, au moins, dort sous des moustiquaires imprégnées et si celles-ci sont renouvelées régulièrement. La majorité des populations pauvres n'a accès qu'à des médicaments, comme la chloroquine, devenus inefficaces du fait des résistances, le prix des ACTs restant vingt-cinq fois plus élevé. C'est pourquoi, à l'initiative des partenaires RBM, et en coopération avec Unitaid, l'institution de financement fondée sur une taxe sur les billets d'avion, dont la France a été à l'initiative, le Fonds mondial envisage un mécanisme original de subvention des ACTs, qui rendrait leur prix compétitif par rapport à ceux des autres antipaludéens. Au total, pour « assurer d'ici à fin 2010 une couverture universelle pour la prévention et le traitement des populations exposées », l'objectif confirmé lors de la première Journée mondiale contre le paludisme du mois d'avril dernier par le secrétaire général des Nations unies, un triplement de l'aide internationale, reste indispensable à court terme.

    Pour réaliser cet objectif ambitieux ainsi que d'autres sur le plus long terme, un plan d'action mondial contre le paludisme sera bientôt lancé. Il montre qu'une multiplication du financement dans la lutte contre le paludisme constituerait un investissement rentable pour la communauté internationale et contribuerait à garantir un droit fondamental à la santé à des milliards d'êtres humains.

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