• Les cheminées de fées de Cappadoce en grand péril

    Laure Marchand
    08/09/2008 | Mise à jour : 08:58
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    La petite ville touristique de Göreme tire la sonnette d'alarme pour sauver ces célèbres pitons rocheux.

    Les cheminées de fées font la renommée de la Cappadoce. Au cœur de la Turquie, ces étranges formations géologiques, qui donnent au paysage une allure fantastique, attirent des touristes du monde entier. Millénaire après millénaire, tel un ouvrage toujours recommencé, l'érosion en fait disparaître certaines et en crée de nouvelles. Mais celles, qui sont situées à l'intérieur des villages, risquent de s'écrouler, faute d'entretien, s'alarment les autorités locales.

    Il y a plus de dix millions d'années, les volcans Erciyes, Göllu et Hasan, sont entrés en éruption, recouvrant peu à peu cette région d'Anatolie de couches successives de lave. Le vent et l'eau sculptèrent ces milliers de cônes rocheux en creusant des sillons dans la roche volcanique. Les plus impressionnants atteignent jusqu'à quarante mètres de hauteur. Certaines extrémités en tuf sont plus dures que le corps des pitons. Résultat : des roches ont ainsi pris une forme de champignon, leur donnant un aspect explicitement phallique. Ces cheminées de fées, où des communautés chrétiennes trouvèrent refuge à partir du VIIIe siècle quand la guerre des icônes faisait rage dans l'Empire byzantin, sont très fragiles.

    L'eau, qui s'infiltre dans les cavités, est leur ennemi principal. L'hiver, le gel agrandit les fissures. «Paradoxalement, les formations les plus endommagées sont celles qui étaient utilisées, il y en a même qui s'effondrent toutes seules», se désole Fevzi Günal, le maire de Göreme. Principale destination touristique de la Cappadoce, cette petite ville possède de superbes spécimens : les cheminées couleur miel surgissent ainsi entre deux maisons, au détour d'une ruelle, offrant au regard du visiteur un merveilleux tableau où la nature et l'homme cohabitent harmonieusement.

    Travaux de consolidation

    «Comme le dit une expression turque, “Une maison tient debout grâce à la respiration” : celui qui y habite s'en occupe, colmate les fuites, arrache les mauvaises herbes…», poursuit M. Günal. Dans le passé, les habitants prenaient soin de ces pitons, car ils y entreposaient du matériel agricole, stockaient des récoltes… Chaudes en hiver, fraîches en été, ces cavités étaient également appréciées pour leur «climatisation» naturelle. Mais en 1986, l'État a exigé le paiement d'un loyer. Résultat : la majorité d'entre elles ont été abandonnées.

    Depuis, celles qui ont été transformées en hôtel sont entretenues. D'autres, dont les parois intérieures sont recouvertes de fresques chrétiennes, sont classées au Patrimoine mondial de l'humanité et protégées. Mais rien qu'à Göreme une centaine de pitons nécessitent des travaux de consolidation. Une quinzaine risquent de s'effondrer.

    Les mesures de sauvegarde, peu coûteuses, sont pourtant simples à mettre en œuvre. «Boucher les trous, dévier l'écoulement de l'eau, appliquer une couche de chaux hydraulique afin d'étanchéifier les sols humides…, énumère l'édile. Le problème dépasse les autorités locales, car nous ne sommes pas autorisés à les réparer nous-mêmes, il faut la permission du Comité des monuments (qui dépend de l'État). Hélas, l'administration ne s'y intéresse pas.» Et poursuit en justice ceux qui tentent de les rénover, selon Mustafa Durmaz, directeur de la Coopérative chargée du développement du tourisme à Göreme. «Dans la campagne environnante, il est normal que des cheminées s'effondrent, car c'est la loi de la nature, poursuit-il. En revanche, en ville, nous voulons avoir le droit de les garder en vie, comme autrefois.»

    Le tourisme constitue la principale activité économique de cette région, touchée par l'exode rural. «Les cheminées de fées sont notre gagne-pain, si elles disparaissent, plus personne ne viendra nous voir» , s'inquiète Mustafa Durmaz.

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