La "diplomatie du football" rapproche la Turquie et l'Arménie

Réagissez à cet article Réagissez (5)Classez cet article ClassezImprimez cet article ImprimezEnvoyez cet article par e-mail EnvoyezPartagezPartagez
Partagez :
Partagez sur Facebook
Partagez sur Scoopeo
Partagez sur del.icio.us
Partagez sur Digg!
Partagez sur BlogMarks
Partagez sur Wikio
Partagez sur Viadeo

Erevan, envoyé spécial

Un frisson, puis des sifflets, ont parcouru les travées du vieux stade Hrazdan d'Erevan, au moment de l'hymne national turc, juste avant le coup d'envoi. En levant la tête, on pouvait apercevoir, sur la colline voisine, la flèche noire du mémorial du génocide arménien, pointée vers le ciel. Quelques banderoles ont surgi dans le public, réclamant "reconnaissance" et "restitution". Une autre affiche, au milieu d'une poignée de supporteurs turcs, prônait la "fraternité sans frontières". Le passé douloureux partagé par l'Arménie et la Turquie a transformé un banal match de football, remporté par les Turcs 2-0, en événement historique, samedi soir 6 septembre, dans la capitale arménienne.

Dans la tribune officielle, les présidents arménien et turc, Serge Sarkissian et Abdullah Gül, ont suivi la rencontre côte à côte, à l'abri derrière une épaisse vitre blindée. Le chef de l'Etat turc a accompli une visite éclair : à peine six heures. Le temps d'un match et d'une conversation d'une heure avec son homologue arménien. Une "première" prometteuse pour ces deux pays voisins qui n'entretiennent plus de relations officielles depuis quinze ans.

Sur le chemin du retour, M. Gül s'est déclaré "heureux" de cette escapade arménienne. L'avion présidentiel a survolé la frontière commune, fermée par la Turquie depuis 1993, et les contreforts du mont Ararat, la montagne symbole de l'Arménie, aujourd'hui en territoire turc. Il a salué "le courage du président Sarkissian qui m'a invité" et estimé avoir "fait tomber un obstacle psychologique" en acceptant.

"PREMIER PAS"

La crise géorgienne a achevé de convaincre les deux chefs d'Etat de la nécessité de "normaliser les relations". La Turquie tente de convaincre ses voisins du Caucase, y compris la Russie, de créer une plate-forme de stabilité dans la région. Le "conflit gelé" entre l'Arménie, alliée de la Russie, et l'Azerbaïdjan, soutenu par Washington et puissamment réarmé grâce aux pétrodollars qui inondent le pays depuis trois ans, est sous surveillance. "Il faut faire preuve de réalisme", a résumé M. Gül.

Sitôt après le match, les ministres des affaires étrangères, Ali Babacan et Edouard Nalbandian, ont inauguré une série de rencontres destinées à amorcer le dialogue. La deuxième entrevue est prévue aux Nations unies, à New York, fin septembre. Une manière d'officialiser des contacts pris depuis plusieurs mois à Istanbul.

En Turquie, la presse s'est prise à rêver d'une ouverture rapide et la société civile, en dehors d'une frange nationaliste, soutient l'initiative. Les partis politiques sont plus timides. Ufuk Uras était le seul député turc à avoir fait le voyage. Leader d'un petit parti de gauche, il se dit "impressionné" et explique être venu par amitié pour Hrant Dink, le journaliste arménien tué en 2007 à Istanbul. "Il était de ceux qui voulaient la normalisation entre les deux pays. Et il est temps pour cela. Il faut améliorer les relations économiques, culturelles et politiques sans conditions", affirme-t-il.

La réouverture d'ambassades, voire de la frontière, ne sont officiellement pas encore d'actualité. "Sarkissian a été invité en Turquie pour le match retour, dans un an. Il faut que d'ici là, les dossiers bilatéraux aient avancé, ainsi que la question du Haut-Karabakh", explique-t-on au cabinet de M. Gül. Le chef de l'Etat turc doit "très vite" se rendre à Bakou, dans les semaines qui viennent, pour rassurer l'Azerbaïdjan.

L'enthousiasme est plus tempéré à Erevan. Dans le stade, Goriun, drapé dans un drapeau arménien, estimait que "cette visite est un premier pas. Mais il ne faut pas oublier que les relations sont marquées par une grande douleur". La Fédération révolutionnaire arménienne, un parti d'opposition nationaliste, hostile à la venue du président turc, a manifesté pacifiquement mais de manière remarquée. Quelques centaines de personnes ont formé une chaîne et brandi, le long de la route du cortège officiel, des slogans en faveur de la reconnaissance du génocide de 1915.


Guillaume Perrier
Réagissez à cet article
Réagissez (5)
Classez cet article
Classez
Imprimez cet article
Imprimez
Envoyez cet article par e-mail
Envoyez
Partagez sur Facebook
Partagez sur Scoopeo
Partagez sur del.icio.us
Partagez sur Digg!
Partagez sur BlogMarks
Partagez sur Wikio
Partagez sur Viadeo
PARTAGEZ
Les présidents arménien et turc, Serge Sarkissian (à droite) et Abdullah Gül, ont assisté côte à côte, samedi 5 septembre, au match de football entre l'Arménie et la Turquie dans la capitale arménienne.
AFP/KAREN MINASYAN
Les présidents arménien et turc, Ser