Staline avant Staline
Le Jeune Staline
Essai
De Simon Sebag
Montefiore.
Calmann-Lévy,
506 p., 25,90 euro.
« La plus éminente médiocrité du parti » : ainsi Trotski présentait-il Staline, son vainqueur dans la course au pouvoir en URSS. Pendant des décennies, la formule a fait mouche, polluant les recherches historiques sur le dictateur rouge, considéré comme un personnage sans relief, simple émanation de la bureaucratie soviétique. Mais, sous la plume de Simon Sebag Montefiore, les années de formation de Staline émergent enfin au grand jour, grâce à une documentation exceptionnelle, puisée en Géorgie : les Mémoires de la mère et de la belle-sSur du futur dictateur, ceux de ses camarades de clandestinité, une foule d'inédits qu'on n'avait ni remontés à Moscou, par peur des ennuis, ni osé détruire.
Se profile, côté cour, un brillant élève du séminaire orthodoxe, poète en langue géorgienne, publié dans la presse, séducteur en diable : ses conquêtes ne se comptent pas, ses enfants naturels non plus. Et, côté jardin, un marxiste fanatique, doué d'un charisme de chef de bande, prêt aux pires extrémités : vols à main armée, attentats, liquidation de supposés traîtres. On comprend mieux pourquoi Lénine lui a accordé sa confiance. Ils étaient de la même race : idéologues de plomb et, simultanément, pragmatiques, capables de tous les virages pour parvenir à leurs fins en l'occurrence la prise de pouvoir d'octobre 1917, qui clôt l'ouvrage. N'en déplaise aux trotskistes et à une partie de la gauche, Staline fut bien le véritable héritier du fondateur de l'URSS.
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