• Les leçons du naufrage idéologique du PS

     
    05/09/2008 | Mise à jour : 11:41
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    Le bloc-notes d'Ivan Rioufol, du 5 septembre.

    Le naufrage du PS à La Rochelle, le week-end dernier lors de son université d'été, est le dernier symptôme d'un effondrement de l'idéologie et de ses mensonges, qu'Alexandre Soljenitsyne, mort cet été, avait si bien dénoncés. Le spectacle donné par la crème socialiste, gueuletonnant en affûtant les couteaux, a accéléré la dévastation de la gauche, incapable d'une idée neuve. Ses mesquineries comme réponses à un monde en guerre ont dévoilé l'imposture du parti de la vertu.

    Ce sont moins les «malfaisants» du parti, épinglés lundi par Vincent Peillon, que les certitudes des «progressistes» qui expliquent leur propre déchéance. Habitués à prendre leurs désirs pour des réalités, ils ne peuvent que contempler les régressions d'une nation devenue plus inégalitaire, moins cultivée, plus fragile, moins solidaire, plus violente : autant d'échecs nés de leurs récitations égalitaristes, antiracistes, pacifistes, relativistes, immigrationnistes. Oui, la gauche a rendu la France malade.

    Le pédagogisme résume bien les erreurs dogmatiques, tant il a contribué au désastre éducatif. Jack Lang, qui invite «le pays à se battre contre le plan Darcos», est de ceux qui ont cautionné l'hyperégalitarisme dont l'arasement a dévalorisé le savoir. Isabelle Stal, professeur, assure (L'Imposture pédagogique, Perrin) : «Un très grand nombre d'enseignants ne disposent plus d'assez de connaissances», avec «des Capes médiocres, à sept sur vingt de moyenne, et des agrégations ultra-lights». Qui redressera l'école ?

    La droite devrait tirer les leçons de tant d'aveuglements. Pourtant, Nicolas Sarkozy continue de s'inspirer de la gauche, quand il maintient l'ISF ou finance le revenu de solidarité active (RSA) par une taxe sur les revenus de placement. Certes, la doctrine impose de faire supporter aux riches le soutien des pauvres. Mais c'est rendre un inutile honneur au PS que de lui emprunter cette ficelle alors que des solutions innovantes (économiser sur les dépenses de l'État, par exemple) restent possibles.

    La dérive de la Russie

    Pareillement, il serait temps de mesurer les perversions de l'angélisme des bons apôtres. Une Russie aux allures d'état-voyou se joue actuellement des adeptes du soft-power. Elle menace d'«anéantir» ses agresseurs et vocifère comme seuls le faisaient, jusqu'alors, les illuminés de Téhéran. Pourtant, on chercherait en vain dans le livre blanc sur la défense, publié en juin, une mise en garde contre l'agressivité du Kremlin. Est-il si difficile de regarder les réalités en face ?

    L'idéologie brouille la vue. Alors que l'ex-URSS rechute dans sa brutalité totalitaire en s'en prenant à la jeune démocratie géorgienne, son antiaméricanisme lui vaut les soutiens d'une partie de l'opinion, singulièrement dans les pays ayant connu, comme en France, un communisme puissant. La Russie de Poutine, qui renoue avec le culte de Staline et qui préserve Lénine embaumé, garde une nostalgie pour un passé dont elle n'a jamais eu à faire le procès pour ses dizaines de millions de morts. Or, rares sont ceux qui lui en font grief. Le monde libre tolérerait-il une Allemagne célébrant Hitler ?

    Même François Fillon se laisse prendre à la propagande d'un pays se disant «humilié», cette plainte qui fut aussi celle du Führer après le traité de Versailles. Lundi, le premier ministre a dénoncé ceux qui «continuent à piétiner (la Russie)», en assurant en réponse à l'agression en Géorgie : «Le mot sanction n'est pas à l'ordre du jour.» Mardi, c'est une position de prudence qu'a prise l'Union européenne, en décidant un gel du partenariat avec Moscou. Pour autant, la stratégie russe visant à diviser l'Europe a échoué, jusqu'à présent.

    Faudrait-il trembler devant un régime corrompu et violent ? Ce pays n'a pas les moyens de ses intimidations. Il connaît une chute démographique vertigineuse. L'espérance de vie des hommes est inférieure à celle des pays d'Afrique noire (56 ans). Le niveau sanitaire est épouvantable, et le système éducatif délaissé. Près d'un quart de la population masculine adulte a fait de la prison. Quant au gaz qui alimente l'Europe et qui enrichit les ex-kagébistes, il ne peut être stocké au-delà de 48 heures et n'a pas d'autres débouchés immédiats qu'à l'Ouest. Est-ce cette déglingue que l'Occident doit consolider ? La tentation de l'apaisement encouragerait la dérive d'une Russie qui s'éloigne des démocraties. Tenir tête à Poutine, c'est rendre service aux Russes.

    Le démenti d'Aznar

    Au fait : la «pipolisation» de la vie politique n'est-elle pas un autre procédé, futile celui-là, permettant pareillement de détourner les regards des réalités brûlantes ? Après les histoires sentimentales de Nicolas Sarkozy, puis le décryptage de son comportement «bling-bling», s'annonce le feuilleton sur Rachida Dati, future mère célibataire au compagnon inconnu. «J'ai une vie privée compliquée», a révélé mercredi la garde des Sceaux aux médias qui lui demandaient seulement confirmation de sa visible grossesse. Désormais, la chasse à l'inconnu est donc ouverte pour les adeptes du trou de serrure. Mercredi, l'ancien chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, a démenti être le père. En rire ou en pleurer ?

    Effet du relativisme

    La complaisance de Paris Match : il fait poser avec leurs trophées français les talibans qui ont «abattu nos dix soldats» (sic). La parole est donnée à l'un des islamistes : «Tant que vous resterez chez nous, nous vous tuerons. Tous.» Le relativisme accepte cette valorisation d'un ennemi, défenseur d'une idéologie régressive. Mais la morale, Dieu merci, s'indigne.

    » Le blog d'Ivan Rioufol

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