• Cette exhibition est-elle indispensable à la vérité ?

    Le point de vue de Max Gallo
    05/09/2008 | Mise à jour : 12:40
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    L'académicien s'insurge contre la publication d'un reportage (dans l'hebdomadaire Paris Match) donnant la parole aux talibans et les montrant en train d'exhiber du matériel pris aux soldats français tués en Afghanistan.

    Nous savons maintenant que les Talibans peuvent gagner la guerre d'Afghanistan. Non pas parce qu'ils ont tué dix de nos soldats, ou qu'ils remporteront une victoire décisive sur le terrain. Mais parce que leurs succès militaires seront relayés par un triomphe médiatique. La preuve vient de nous en être fournie. Paris-Match titre son reportage exceptionnel sur le commando taliban : «La parade des talibans avec leurs trophées français». En effet les «ennemis» «paradent» avec casque, gilet pare-balles, armes françaises. «Tant que vous resterez chez nous, dit leur chef, nous vous tueront tous». Il ajoute «Ces hommes sont morts à cause de Bush et de votre Président».

    Les photos légitiment, authentifient ce discours classique de propagande.

    Or les guerres contemporaines ne se gagnent pas sans basculement de l'opinion. Et celle-ci est mise en condition par cette «parade» offerte à l'ennemi. Mais au-delà de cette victoire médiatique flagrante - par capitulation - la publication de ce reportage pose bien des questions.

    La liberté de la presse dans le cadre des lois doit être totale. Certes. Mais cela renvoie à la sensibilité, aux valeurs, à la responsabilité de chacun. A une évaluation de ce qu'apporte le choix de la publication et de ce qu'il saccage.

    Après avoir vu ces photos, lu cette interview du chef taliban, la connaissance de la vérité a-t-elle progressé ? Point essentiel. Car nos soldats morts exigent la vérité. Rien ne doit être laissé dans l'ombre, ni les buts de guerre, ni les carences et les erreurs éventuelles. Et il faudra sur la guerre, un débat parlementaire et un vote.

    Mais est-il indispensable à la vérité qu'on arrache le linceul de nos soldats morts ?

    Or les photos de vêtements, d'une montre permettent à ceux qui sont dans la folle souffrance du deuil de tout imaginer et d'abord le pire.

    Il ne s'agit pas ici de liberté de la presse mais de morale et de respect. Il y a plus encore. Connaître l'ennemi, comprendre ses mobiles, le combattre en le respectant ce sont les règles qu'applique une armée républicaine, enracinée dans les droits de l'homme. Mais l'ennemi est un ennemi. On ne lui sert pas la soupe qu'il désire. Et est-ce trop demander qu'on respecte les fils de la nation morts en exécutant les missions qu'elle a donné. Autrefois quand la nation était en guerre, on disait en pensant aux soldats en danger, aux soldats morts : «Ce sont les nôtres». Les nôtres ? Ce mot s'est-il perdu ?

    » Afghanistan : les photos qui choquent

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