• Debout la justice !

     
    05/09/2008 | Mise à jour : 22:29
    | Ajouter à ma sélection
    .

    L'éditorial de Yves Thréard du 6 septembre.

    Il faut souhaiter que la décision du président de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine de renvoyer la tenue d'un procès pour cause de ramadan soulève un tonnerre de protestations, d'indignation, de réprobation. Car c'est ici la France, laïque, une et indivisible, qui est attaquée dans ses fondements, bafouée dans son intégrité, reniée sur ses valeurs.

    L'institution judiciaire, si souvent critiquée pour ses dysfonctionnements, dénigrée pour ses pesanteurs, blâmée pour sa froideur, n'avait pas besoin de cet épisode révoltant. Si l'ordonnance de renvoi n'est pas susceptible d'appel, on attend des plus hautes autorités de l'État qu'elles s'expriment pour condamner l'injustifiable.

    Car l'analyse détaillée du dossier permet de douter des propos tenus hier par le procureur général de Rennes. Ce dernier a affirmé que la décision avait été prise «au vu de plusieurs éléments».

    Il est vrai que l'affaire en question, celle de sept braqueurs présumés, a donné lieu à de nombreux rebondissements. Mais sur les trois motifs de renvoi présentés par la défense, deux ont été dûment écartés par le parquet de Rennes. Une fin de non-recevoir a, en effet, été opposée aux avocats qui exigeaient la conclusion de deux procédures judiciaires menées parallèlement contre l'un des enquêteurs et certains témoins.

    Restait donc à se prononcer sur le ramadan observé par un accusé. «Nous pensons qu'il convient de prendre en considération les contraintes diététiques et les obligations cultuelles qui s'imposent à lui», ont écrit ses défenseurs dans leur requête. À elle seule, cette raison semble donc avoir été jugée suffisante pour reporter l'audience prévue le 16 septembre. Certes, elle n'est pas invoquée comme telle, le président de la cour d'assises préférant se prononcer, avec l'avis favorable du ministère public, au nom d'une «bonne administration de la justice».

    Nul ne contestera que la machine judiciaire doive faire preuve d'humanité. Elle n'a pas, en revanche, à s'adapter aux cas particuliers, à «se coucher» devant les revendications religieuses, communautaristes ou identitaires des justiciables. Pas plus que l'école publique ne doit tolérer le port du foulard et de signes religieux, l'hôpital, des exceptions à la mixité de son personnel soignant ou encore les piscines, des horaires aménagés pour certaines catégories de visiteurs. Et pourquoi pas, demain, vider les bibliothèques de leurs ouvrages critiques sur telle ou telle confession ?

    La pratique de l'islam est souvent en cause. Ne pas en accepter les manifestations les plus ostentatoires n'est pas faire preuve d'islamophobie. C'est au contraire favoriser l'intégration des millions de musulmans d'origine étrangère qui vivent dans notre pays. Et qui, dans leur immense majorité, ne réclament aucun régime spécial.

    Les seules conditions recevables en France sont celles admises par la loi de ses représentants élus. Là s'arrête le droit de chacun de suivre ses traditions ou ses croyances. Capituler devant ce principe, c'est ouvrir la porte à toutes les dérives et, partant, mettre en danger le pacte social français.

    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    .
    Imprimer
    .
    Partager
    .
    Envoyer
    .
    S'abonner
    Mobile
    3D
    .
    .
  • Liens sponsorisés

    .
  • En savoir plus

  • À la une

  • Les atouts de l'ouverture

    L'éditorial de Paul-Henri du Limbert du 1er décembre.

    .
  • Sapin

    Le billet de Michel Schifres du 1er décembre.

    .
    .
  • .

    Mauriac devant
    «le poste»

    Le regard de Philippe Labro

    .
    .
  • Barrot : L'asile, un devoir
    pour une Europe fidèle à ses valeurs

    Alors que la Commission européenne s'apprête à adopter, mercredi, une réforme du droit d'asile, le vice-président de l'institution livre sa vision de l'accueil des réfugiés sur le Vieux Continent.

    .
    .
  • .

    Chine-France : l'affront calculé

    Responsable du Centre Asie Ifri et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, François Godement analyse les raisons du vent froid qui souffle sur les relations entre Paris et Pékin.

    .
    .
  • La question pakistanaise brutalement rouverte

    La chronique d'Alexandre Adler du 29 novembre.

    .
    .
  • Pourquoi un enfant sera passible
    de prison dès 12 ans

    L'analyse de Laurence de Charette, journaliste en charge des questions judiciaires au Figaro.

    .
    .
  • .

    UE : le plan de relance à l'heure des choix

    Président du Cercle des économistes, Jean-Hervé Lorenzi livre sa réflexion sur le plan européen de relance et pose la question de son financement.

    .
    .
  • L'Asie du Sud saura-t-elle agir
    contre le terrorisme ?

    L'analyse de François Hauter, grand reporter au service International du Figaro.

    .
    .
  • Le vrai visage du parti du Bien
    et de la Vertu

    Le bloc-notes d'Ivan Rioufol.

    .
    .
.
.