Par Sylvaine Pasquier, mis à jour le 04/09/2008 - publié le 04/09/2008

str/afp
Des Abkhazes participent à un meeting, le 21 août, à Soukhoumi, appelant la Russie à reconnaître leur proclamation d'indépendance.
Dans l'ouest de la Géorgie, la région séparatiste a vu son « indépendance » reconnue par Moscou. Cette décision sans valeur juridique ne changera guère la situation d'un « confetti » devenu le terrain de manoeuvre du Kremlin.
Ce jour-là, 26 août, le long des rues parsemées de ruines béantes, un concert de Klaxon déchire la torpeur estivale. Portant le drapeau russe et celui de la république autoproclamée d'Abkhazie, région séparatiste de Géorgie, des véhicules sillonnent Soukhoumi, la capitale abkhaze, tandis qu'éclatent des salves d'armes automatiques, signe de réjouissance. Partout on se congratule, des cohortes de résidents convergent vers le centre. Ce jour-là, les hommes d'âge, qui se retrouvent sur le front de mer, face à l'imposante carcasse en rotonde d'un hôtel détruit, ont interrompu leurs parties quotidiennes d'échecs ou de backgammon.
xie siècle A la suite de mariages dynastiques, le royaume d'Abkhazie, ex-principauté de l'Empire byzantin, revient à la monarchie géorgienne.
1810 Protectorat russe.
1864 L'empire tsariste annexe le territoire, pris aux Turcs.
1931 L'URSS incorpore l'Abkhazie, avec le statut de républiqueautonome, à la Géorgie.
1991 Le 17 mars, lors d'un référendum, une majorité, en Abkhazie, se prononce pour la préservation de l'URSS. Tandis que l'ensemble de la Géorgie vote, le 31, en faveur de l'indépendance.
Juillet 1992 Le Soviet suprême abkhaze remet en vigueur la Constitution de 1925, proclamant l'Abkhazie Etat souverain.
1992-1993 Conflit séparatiste : environ 8 000 morts (International Crisis Group). Quelque 250 000 Géorgiens chassés..
1994 Cessez-le-feu. Force d'interposition russe.
Mars 2008 Moscou lève unilatéralement les sanctions adoptées en 1996 par la Communauté des Etats indépendants (CEI) contre l'Abkhazie.
26 août 2008 La Russie reconnaît l'indépendance des républiques autoproclamées d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
Soukhoumi exulte : sourde aux condamnations occidentales, la Russie a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Elle viole ainsi les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies - dont elle est l'un des cinq membres permanents - sur l'intégrité territoriale de la Géorgie. « Pourquoi nous rabâchez-vous toujours la même rengaine ? » s'insurgeait auparavant un jeune diplômé, frais émoulu d'une université moscovite - privilège réservé aux enfants de l'élite locale. « Nous n'avons rien de commun avec les Géorgiens. L'Abkhazie a été un royaume souverain pendant trois mille ans. » Affirmation péremptoire, qui ne résiste guère à l'examen (voir l'encadré ci-contre).
Le lendemain de la fête, deux navires de guerre de la flotte russe de la mer Noire accostent dans le port de Soukhoumi. D'ordinaire, l'activité y est plutôt faible, voire inexistante. Flanqués du croiseur lance-missiles Moskva, qui mouillait au large, ils sont accueillis avec effusion par Sergueï Bagapch, « président » de l'entité séparatiste, sous les acclamations d'une assistance enthousiaste, massée sur les quais.
En jeu, le contrôle du littoral oriental de la mer Noire
En dépêchant ces bâtiments vers la capitale abkhaze, Moscou entend riposter à la présence en mer Noire de vaisseaux battant pavillon d'Etats membres de l'Otan. Cette nouvelle démonstration de force pourrait préluder à un redéploiement ultérieur de la flotte russe : « Si elle ne parvient pas à se maintenir à Sébastopol, en Ukraine, elle pourrait utiliser Soukhoumi comme base, estime Thornike Gordadze, directeur à Bakou de l'Observatoire du Caucase (Institut français d'études anatoliennes). Sergueï Bagapch a déjà fait à Moscou des propositions en ce sens. »

U. bektas/reuters
L'armée russe contrôle un pont sur l'Enguri, ligne de démarcation entre l'Abkhazie et la Géorgie.
Avec Poti, port géorgien situé au sud de l'Abkhazie, que les forces russes refusent de lâcher malgré les mises en demeure de Washington et des capitales européennes, la Russie s'arrogerait le contrôle de presque tout le littoral oriental de la mer Noire. Pour l'heure, la tension reste vive dans ces eaux, où est attendu le vaisseau amiral de la 6e flotte américaine.
Le mois dernier, dans le centre de Soukhoumi, des ouvriers pelletaient la terre d'un jardin afin d'y aménager un monument décent pour les « héros » tombés lors du conflit sécessionniste de 1992-1993 : l'Abkhazie fêtera, le 30 septembre, le 15e anniversaire de sa « libération » des forces géorgiennes, rendez-vous annuel désormais ritualisé, avec parade militaire et discours. Cette année, la commémoration aura sans doute un relief particulier, dès lors qu'il n'y a plus aucune présence géorgienne sur le territoire.
Dirigeants, depuis février 2005, de l'Abkhazie séparatiste
Président : Sergueï Bagapch. Ancien représentant de l'Abkhazie à Moscou.
Vice-président : Raul Khajimba. Ex-agent du KGB.
Chef du gouvernement : Alexander Ankvab. Haut responsable de l'Intérieur au sein de la Géorgie soviétique ; businessman à Moscou entre 1994 et 2000.
Ressortissants russes envoyés par Moscou en Abkhazie et occupant des postes officiels
Vice-Premier ministre, ministre de la Défense : Sultan Soslaniev, officier soviétique issu de Kabardino-Balkarie (Caucase du Nord).
Vice-ministre de la Défense :Anatoli Zaïtsev, général de l'armée russe, jadis commandant en second du district militaire de Transbaïkal (Sibérie).
Secrétaire adjoint du Conseil de sécurité : Alexander Voïnski, gradé de la marine soviétique.
Vice-ministre de l'Intérieur : Vladimir Gaïdoukov.
Car l'Abkhazie vient de subir un nettoyage ethnique - le second, après celui de la première moitié des années 1990. Face à l'avancée des milices locales, appuyées par l'aviation russe, les 2 000 à 3 000 civils qui vivaient dans les gorges de Kodori - sous le contrôle de Tbilissi depuis 2006 - ont fui à travers les montagnes. Les écoles neuves, les dispensaires financés par l'Etat géorgien, l'hôpital établi il y a peu dans le village d'Adjara, les commerces... tout serait détruit ou pillé. Dans le sud de l'Abkhazie, la région de Gali - où quelque 30 000 Géorgiens étaient revenus s'installer de façon précaire - a été, elle aussi, vidée de ses habitants.
Nouveaux riches, business et spéculation foncière
A Soukhoumi, peu de temps avant ces événements, Nina, une femme d'origine grecque au beau visage marqué de larges cernes, confiait ses angoisses. « Les Géorgiens n'abandonneront jamais l'Abkhazie », soupirait-elle. Nina a perdu son mari et son fils pendant le conflit séparatiste. Sa fille, Irina, revenue de Moscou il y a dix ans, après avoir achevé des études d'informatique, décrit une société divisée en deux camps : « Ici, il y a des gens puissants, proches du gouvernement, qui ont de l'argent car ils sont partis dans les années 1990 faire du business à Moscou. La majorité, restée sur place, n'a rien. Après la guerre, les premiers se sont emparés de propriétés, de maisons, d'appartements désertés par leurs habitants, qu'ils revendent aujourd'hui à des investisseurs russes. Autrefois, personne ne s'intéressait aux villages. Depuis l'an dernier, il y a soudain des acheteurs et le prix de la terre ne cesse de grimper. »
Une campagne électorale se prépare en Israël, un négociateur palestinien profite de cet événement po(...)
Commentaires (12)
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RUDI - 22/09/2008 18:40:13
...LE PAYS QUI N'EXISTE PAS... L'EQUIVALENT A KOSOVO...
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jules - 22/09/2008 05:12:28
N'oublie pas que c'est la Georgie qui a ouvert le feu pour reccuperer l'Ossetie du sud independantiste. Le vrais massacre du peuple Ossete a ete commis par l'armee georgienne. Et il faut entendre aussi la voix des ossetes.
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lorgnierl - 08/09/2008 23:06:00
Objectif tout a fait d accord et ouil aide humanitaire RUSSE arrive bien en Ossetie et les ecoles de la ville detruite de Tchinkvali ont bien ouvertes en temps et en heure comme annonce par Medvedev. Il ne semble pas que Saccage villain est reussit le meme exploit sur la ville de Gori quoique celle ci n ait pas ete detruite! la nouvelle guerre froide ne devrait faire l interet que des US. cela leur eviterait de justifier les cartes sattelittes de la Georgie depuis 2006 sur l"ossetie = ce pays n a cependant pas les moyens de lancer ne serait ce qu un petard!=. ils n auront pas davantage a justifier les Hummers flambants neufs avec les dernieres technologies militaires abandonnes par les soldats georgiens en Ossetie. Par contre nous les europeens envisageons une aide financiere pour rebatir la Georgie = ou alors pour payer les 50e pro;is aux manifestants qui ont participes a la chaine humaine revenus mensuels de beaucoup de georgiens !!! = etpour conclure avec objectif la georgie est aujourd hui une base pointee vers la russie pour les US et demaqin vers la CEE si nous devenions trop derangeants !!!! money is money
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ominium - 08/09/2008 13:22:05
finalement l'abkhazie dans l'histoire est un peu à la georgie ce que la catalogne est à l'espagne: un ancien royaume annexé par mariage, ou le duché de bretagne annexé par la france, ou le pays de galle annexé par l'angleterre. en fait en empechant les revoltes de peuples de refaire les frontieres, on arriverait à remettre en cause les independances coloniales(vu qu'en grande majorité il n'y avait aucun pays avant), et meme celle des etats-unis! ce qui serait un comble, les etats-unis s'opposent à l'abkhazie uniquement parce que la russie est un ennemi(ou un concurrent ce qui est pareil en geopolitique) , si la russie etait un allié les USA puniraient la georgie et reconnaitraient l'abkhazie. on refuse à un ennemi ce qu'on accorde à un allié, il n'y a dans les relations internationales aucune loi ,aucune morale , aucune justice ou droit des peuples ou respect des etats ou frontieres,ce ne sont que des excuses pour servir de justification envers les peuples les journalistes medias etc..; tout cela change selon l'humeur qu'on soit en face d'un allié ou d'un ennemi. l'independance par les armes est surement la seule constante à respecter dans l'histoire, c'est d'ailleurs fortement logique puisqu'un etat est avant tout une armée est que tout etat se sachant se defendre cherche des alliés ou à rentrer dans une organisation(voir se faire annexer), donc tout armée pouvant defendre un territoire a le droit de declarer son independance.
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Nour - 07/09/2008 03:31:18
Ce n'est plus la question de soutenir la Géorgie ou non mais plutot aller jusqu'ou derriere l'USA voila à mon sens ce qui tracasse une partie importante des français.
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Isidores - 06/09/2008 10:15:57
La plaine du kosovo n'a jamais été le "berceau historique" de quoi que ce soit. Comme toutes les plaines situées dans une régions montagneuse elle a connus une multitude de vagues de migrations qui rendent stupides toute prétention de tel ou tel peuple à en faire son "berceau". Elle n'est considérée comme telle que parceque en 1346 pec est devenu le siége de l'église orthodoxe serbe mais ce n'est que le fruit d'un déplacement du centre de gravité du royaume serbe qui existait bien avant. Tout ceci n'est en fait que le fruit des querelles nationalistes du XX ème siècle que des faits historiques datant de prés d'un millénaire ne peuvent expliquer ou justifier sinon on tombe dans le revisionnisme et la propagande de bas étage. Exemple : le discours de Milosevic en 1989 dans la plaine de kosovo qui rappel l'heroique défaite du peuple serbe face aux ottomans 600 ans plus tot et en fait implicitment la raison de la lutte contre les albanais. Mais c'est absurde de vouloir faire des liens logiques entre des évenements qui se sont produit plusieurs siécles auparavant. L'histoire ne sert pas à ça et c'est aussi valable pour l'abkazhie (cf : les 3000 ans de souveraineté) Il faut étudier la situation présente et trouver le meilleur équilibre pour que les peuples puissent vivre en paix.
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objectif - 05/09/2008 15:16:59
Les serbes chassés du Kosovo (berceau historique de la Serbie fallait il lire) s'eleve à des centaines de milliers, et les serbes tués avec l'assentiment de l'OTAN s'eleve à des milliers. Srebrenica c'etait en Bosnie l'ami. Et que dire des méthodes OTANiennes, bombardement massif de civils en serbie, hopitaux, usines, télévision, parlements, les Russes on été on ne peut plus civils avec les géorgiens qui eux projetaient un réel nettoyage ethnique, bombarder Tskhinvali au MRLS c'est passible de LA HAYE et toute notre belle presse bien pensante applaudit des deux mains sous pretexte que ce caniche hysterique de Saakachvili est dans notre camp : c'est pathetique et cynique au dernier degré. Personne n'est dupe, croyez moi, allez sur tous les sites de journaux d'asie, d'afrique ou d'amérique latine, vous verrez comment sont perceus les USA et nous autres leurs gentils toutous hypocrites européens. Ah et pour mémoire, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie n'ont JAMAIS vécu sous l'autorité georgienne, c'est bien pour ca en 1991 qu'ils ont essayé de prendre ces regions par la force militaire, et leur premiere action a été de bruler l'université et les archives du peuple abkhaze...
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Ciguri - 05/09/2008 14:55:25
Il n'y a qu'en France, dis-tu ? Combien de pays, rappelle-moi, soutiennent la Russie dans son nettoyage ethnique et son occupation de la Géorgie ? 3, 4 ? La biélorussie, l'Ouzbekistan, tous les anciens satellites qui de toutes façons n'ont pas le choix ? PS : au fait, le vrai génocide, je te rappelle, c'est a Srebenica qu'il a eu lieu. 7000 morts. Et pas tués par les Kosovars.
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objectif - 05/09/2008 14:52:50
Ahlala !!! Quand je pense à la couverture médiatique complaisante dont avait bénéficié les albanais du Kosovo, soi-disant génocidés (il n'en etait rien apprenait on apres), et le SILENCE TOTAL sur le nettoyage ethnique des serbes du KOSOVO, berceau historique du KOSOVO. Kouchner alors administrateur du Kosovo avait répondu par un haussement d'epaules lorsque on lui demandait pourquoi la mortalité des serbes etait 20 fois superieure à celle des albanais !!! Que dire des commentaires racistes vus et lus sur les ossetes dans la presse francaise (milices aux mines patibulaires, etc) faudrait leur proposer à tous nos analystes d'acceuillir qqs miliciens de l'UCK un temps. Bref, il n'y a qu'en France et en OCcident qu'on croit encore avoir le "moral high ground", pour le reste du monde il n'y a aucun doute sur l'extreme partialité et l'extreme hypocrise des manoeuvres de l'OTAN. Repoussant !
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KOH - 05/09/2008 10:33:44
Article certe tres détailler, mais qui manque franchement d'objectivité, si l'Abkazie est indépendante c'est pour les mêmeraison que le Kosovo, on a afaire a des peuples minoritaire avec lesquel le pouvoir central refuse de négocier et discuter. Comme je vois l'auto censure n'existe pas qu'en Russie, a quand de vrai journaliste indépendant????
Réponse de LEXPRESS.fr - 05/09/2008 10:42:14
Monsieur, que vous ne soyez pas d'accord avec le contenu de cet article vous autorise-t-il à remettre ainsi en cause l'intégrité de son auteur? Bien à vous, LEXPRESS.fr
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