Par Christian Makarian, mis à jour le 04/09/2008 - publié le 04/09/2008
Au début des années 1960, face à la menace de guerre nucléaire entre les Etats-Unis et l'URSS, de Gaulle confiait : « Les Russes n'oseront pas. » Aujourd'hui, alors qu'une menace atomique de type Est-Ouest est écartée, « les Russes ont osé ». En trois semaines, ils ont modifié les frontières de l'Europe à leur profit en reconnaissant l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Et font maintenant peser sur l'Ukraine et la Moldavie le spectre d'une puissance tutélaire en regain d'appétit territorial.
Face à la Russie, qu'ose l'Europe ? Vue du Kremlin, elle apparaît surtout, quelle que soit la fermeté de ses déclarations, comme une coalition dépendante. Pendant que l'Union juge inacceptable le démembrement de la Géorgie, les affaires continuent - forcément. Le message d'indignation envoyé aux Russes a beau être clair et net, il ne les inquiète guère, en raison de la carte énergétique que le Kremlin tient dans ses mains. Dans un pays qui ne craint pas l'opinion publique, les effets concrets, sonnants et trébuchants, l'emportent de loin sur le souci de l'image. La vraie sanction serait donc de freiner le business ; or il n'en est pas question, d'autant plus que les Européens traitent avec les oligarques en ordre dispersé. Face aux inquiétudes de l'Allemagne, empêtrée dans son refus de l'énergie nucléaire et tributaire à 40 % du gaz russe, Gazprom s'offre l'ironie de « rassurer » Berlin en promettant de maintenir ses livraisons à des prix stables « indépendamment de la tension politique entre les deux pays ». En 2010, Gazprom fera son entrée dans la production d'électricité en Allemagne ; parallèlement, le gazoduc transbaltique Nord Stream, qui met en jeu de gros intérêts germano-russes, devrait être en activité. Gazprom vise, ni plus ni moins, à devenir le premier fournisseur énergétique de l'Union européenne. La semaine dernière, la Grèce donnait son feu vert à la mise en oeuvre du projet de gazoduc russo-italien South Stream, qui passera par la Bulgarie. Quant au géant pétrolier russe Lukoil, il a formalisé, au mois de juin, sa première implantation dans le raffinage en Europe de l'Ouest, en effectuant le plus important investissement russe en Italie. Autant d'évidences qui ont fait dire prophétiquement à Jacques Delors : « Il faut bâtir d'urgence une Europe de l'énergie. » Face à la Russie, c'est la vraie diplomatie.
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