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Crédit Photo : TF1/LCI

Abdullah Gül

Quand le football panse les plaies de l'histoire

  • Avec sa visite samedi à Erevan, pour la rencontre Arménie-Turquie, Abdullah Gul devient le premier chef d'Etat turc à se rendre en Arménie depuis son indépendance en 1991.

  • Un geste symboliquement fort alors que les deux pays ont toujours de profonds contentieux, mais dont la portée concrète devrait rester limitée.

- le 06/09/2008 - 14h16

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Arménie/Turquie - Quand le football panse les plaies de l'histoire

TF1/LCI Abdullah Gül

Deux décennies de silence diplomatique entre la Turquie et l'Arménie ont pris fin ce samedi, avec la visite du président turc Abdullah Gul à Erevan, en Arménie, à l'occasion d'un match de football. Arrivé en début d'après-midi, il doit s'entretenir avec son homologue arménien Serge Sarkissian avant d'assister avec lui dans la soirée à la rencontre Arménie-Turquie, un match de qualification pour le Mondial 2010 de football. Il devient ainsi le premier chef d'Etat turc à se rendre en Arménie depuis l'indépendance en 1991 de cette ancienne république soviétique, avec laquelle Ankara n'entretient pas de relations diplomatiques en raison de divergences sur le caractère des massacres d'Arméniens commis entre 1915 et 1917 en Anatolie.

L'Arménie estime que ces massacres commis sous l'empire ottoman ont fait jusqu'à 1,5 million de morts et constituent un génocide, une position adoptée par plusieurs pays. La Turquie rejette pour sa part catégoriquement ce qualificatif, tout en admettant que des massacres ont été perpétrés lorsque les Arméniens ont pris les armes pour arracher leur indépendance. Ankara accuse également Erevan de nuire à ses intérêts en menant campagne à travers le monde pour une reconnaissance du génocide. La Turquie a par ailleurs fermé sa frontière avec l'Arménie en 1993 pour soutenir l'Azerbaïdjan turcophone dans son conflit avec l'Arménie sur la région du Nagorny-Karabakh, enclave peuplée d'Arméniens en territoire azerbaïdjanais dont la sécession a conduit à une guerre entre les deux pays.

Eviter de "faire naître trop d'attentes"

En dépit de sa forte portée symbolique, peu d'avancées concrètes immédiates sont attendues de cette "diplomatie du football", comme l'ont surnommée de nombreux médias. Les deux présidents devraient, selon des sources diplomatiques, éviter les sujets bilatéraux, jugés trop délicats, et concentrer leurs discussions sur des questions régionales comme la proposition de la Turquie de créer un forum de coopération pour le Caucase afin d'apaiser les tensions après le conflit ayant opposé en août la Russie et la Géorgie.

Le chef de la diplomatie turque lui-même, Ali Babacan, interrogé vendredi soir lors d'un entretien avec quelques journalistes sur la possibilité d'une reprise des relations diplomatiques entre Ankara et Erevan, a voulu éviter de "faire naître trop d'attentes". Il a toutefois reconnu que cette question des relations diplomatiques serait bien "discutée". Tout comme pourrait être au menu des discussions la proposition, faite en 2005 par la Turquie, de créer une commission conjointe d'historiens pour résoudre le conflit sémantique sur les massacres de 1919-1917. "Cette offre est toujours sur la table", a assuré Ali Babacan, appelant Erevan à l'accepter. "C'est un bon moyen d'aplanir les différences et (...) quoi que trouve cette commission, nous sommes prêts à faire face aux conséquences".

Des centaines de manifestants

Plusieurs centaines de manifestants ont formé dans le calme samedi une chaîne humaine aux abords de l'aéroport d'Erevan pour protester contre la visite du président turc Abdullah Gül. Les manifestants arboraient des drapeaux arméniens et des drapeaux rouges frappés de l'emblème du parti nationaliste Dachnak Tsoutioun. "Reconnaissez le génocide", "Ouvrez la frontière sans condition", pouvait-on lire sur des pancartes écrites en anglais, turc ou arménien. "Nous sommes ici parce que nous voulons dire au monde entier que nous n'oublions pas le génocide de 1915. Nous ne dirons pas à Gül ou à quelque Turc que ce soit qu'ils sont les bienvenus tant qu'ils n'auront pas reconnu le génocide", explique l'un des manifestants.

D'après agence

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