• Pourquoi l'année 2008 sera plus longue que les autres  

     
    03/09/2008 | Mise à jour : 17:36
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    La chronique de Jean-Luc Nothias, du 3 septembre.

    Ce n'est ni une question d'an­nées bissextiles ni une question psychologique, comme si les événements à venir allaient nous faire paraître le temps plus long. C'est à la fois bien plus grave et, en même temps, bien plus drôle. Car l'année 2008 ne sera plus longue que… d'une seconde que les précédentes. Le Bureau international des poids et mesures, à l'Observatoire de Paris, glissera donc, sans que personne s'en rende compte, une seconde supplémentaire dans ses horloges de référence au cours de la nuit du 31 décembre 2008 au 1er janvier 2009. En heure légale française, cette seconde sera d'ailleurs ajoutée très précisément à 0 h 59 min 59 s le 1er janvier 2009, mais elle comptera pour 2008.

    Tout cela pour faire coïncider le temps astronomique et le temps tel qu'il est mesuré par l'homme avec ses horloges atomiques. Il s'agit ici, d'un côté, de mécanique céleste, d'interactions entre notre planète Terre, la Lune, le Soleil et les autres planètes, et, d'un autre côté, de réglage des horloges, surtout de celles qui servent de référence, par exemple pour les réseaux satellitaires tels le GPS ou Galileo.

    Pourquoi a-t-on besoin d'ajouter cette seconde supplémentaire ? C'est que la vitesse de rotation de la Terre sur elle-même varie. Notre planète est même globalement en perte de vitesse. Dès le XVIIIe siècle, des savants ont subodoré que le mouvement de rotation de la Terre n'était pas uniforme. Une réalité qui a été mesurée avec précision au XXe siècle. On a d'ailleurs constaté que si, sur le long terme, la rotation de la Terre a bien tendance à ralentir, cela ne se fait pas de manière constante. Elle peut ainsi donner parfois l'impression de réaccélérer.

    Ces variations ont diverses origines. Il y a d'abord les liaisons tumultueuses de la Terre et de la Lune. Tout d'abord, celle-ci s'éloigne régulièrement de la Terre. Elle échappe peu à peu à son attraction à raison de quelques centimètres par an. Ce qui fait que son action sur notre planète, en particulier la plus spectacu­laire d'entre elles, la formation des marées, s'affaiblit. Et l'on sait que le frottement des marées sur l'écorce terrestre est un facteur important pour la rotation de la Terre. On invoque également les variations saisonnières météorologiques, qui, elles aussi, vont agir sur les mouvements de la planète ou les grands tremblements de terre. On a aussi évoqué d'éventuels déplacements de matière dans les profondeurs de la Terre.

    La Terre continuera de tourner

    Mais les calculs montrent qu'en moyenne notre planète ralentit d'une milliseconde par siècle. Si bien que, si nos journées sont de 24 heures, elles n'étaient que de 22 heures il y a 400 millions d'années. Mais les premiers vertébrés terrestres qui venaient d'apparaître n'en avaient sans doute pas grand-chose à faire. Pas plus que d'une Lune bien plus grosse dans leur ciel. Et dans 200 millions d'an­nées, la journée durera 26 heures. Et la Lune sera plus petite à l'œil nu. Mais là encore, peu nous importe. De toute façon, l'homme s'adaptera tout doucement à ces changements. Une journée solaire restera toujours une journée solaire. Et la Terre continuera de tourner, même moins vite, alors que le Soleil, dans quelques milliards d'années, sera moribond.

    Oui mais voilà, au XXIe siècle, le temps de référence est un temps atomique international (TAI). Il est basé sur une seconde qui n'est plus en rapport direct avec le temps solaire. Depuis 1967, lors de la 13e Conférence générale des poids et mesures, une nouvelle mesure de la seconde fut adoptée. Sa durée est fondée sur des transitions ato­miques dans un atome de césium 133. C'est la plus précise de toutes les unités de mesure, plus précise que le mètre ou le kilogramme, par exemple. Les dernières hor­loges en date qui servent de référence pour la planète sont d'ailleurs appelées des «fontaines atomiques».

    Mais le revers de la médaille est qu'elle est, en quelque sorte, déconnectée du temps «réel», basé, lui, sur une rotation variable de la Terre autour de son axe. La Terre ralentissant, même imperceptiblement, l'ajout de secondes devient nécessaire pour que midi ne se retrouve pas, un jour ou l'autre, à minuit.

    Tout comme les années bissextiles sont là pour corriger la légère différence entre une année de 365 jours et le temps réellement pris par notre planète pour faire un tour complet autour du soleil, les secondes supplémentaires sont là pour pallier les caprices de la rotation de la Terre. Depuis le début des années 1970, 33 secondes ont déjà été peu à peu «injectées» dans nos horloges. Celle de cette année ne sera donc pas la dernière.

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