• John McCain sur la voie étroite du changement

    De notre envoyé spécial à Saint Paul (Minnesota), Philippe Gélie
    05/09/2008 | Mise à jour : 19:49
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    Après avoir rassuré la base de son parti en s'associant à Sarah Palin, le candidat républicain remet sa veste de «franc-tireur» pour attirer les électeurs indépendants.

    En clôturant deux semaines de conventions démocrate et républicaine, John McCain a fait une concession à Barack Obama : l'élection présidentielle du 4 novembre se jouera bien sur «le changement». Il en a proposé sa propre version, jeudi soir, en acceptant l'investiture de son parti à Saint Paul. Une version peut-être moins inspirée, mais plus rassurante, qui repose tout entière sur une seule garantie : lui-même.

    La voie est étroite pour le sénateur de l'Arizona, héritier du parti de George W. Bush et membre de l'élite de Washington depuis vingt-six ans. «J'avertis la vieille troupe dépensière, inefficace et égocentrique de Washington, dit-il. Le changement est en route.» Tout en saluant sans le nommer «le président qui nous a protégés d'une autre attaque» après le 11 septembre, McCain dresse un bilan accablant des huit dernières années : «Nous devons presque tout changer dans la façon dont le gouvernement fonctionne», déclare-t-il, citant pêle-mêle la sécurité du pays, la compétition économique mondiale, la réponse aux désastres naturels et l'éducation.

    Le paradoxe est que, sur tous ces points, ses propositions se distinguent peu des recettes républicaines classiques : moins d'impôts, moins d'interventions de l'État, plus de libre entreprise et de libre marché, un fort accent mis sur «les valeurs», mais pas un mot sur l'immigration, la crise immobilière ou le changement climatique. «Nous avons perdu la confiance des Américains, dit-il aux militants. Nous allons changer cela. Le parti de Lincoln, Roosevelt et Reagan va revenir à ses principes fondamentaux.»

    Au-delà de sa base, rassurée par le choix de Sarah Palin comme colistière, John McCain s'adresse au pays tout entier. Il promet de «tendre la main à tout patriote de bonne volonté», d'utiliser «les bonnes idées des deux camps» et de «mettre fin à la rancœur» partisane en travaillant avec les démocrates, comme il l'a souvent fait au Sénat : «J'ai les cicatrices qui le prouvent.» Ce septuagénaire parle comme un outsider, un réformateur, un homme de principes plutôt que de vision. Il parie qu'il lui suffit d'être le nouveau Reagan pour l'emporter sur le nouveau Kennedy.

    «Un serviteur, en premier, en dernier et toujours»

    À part la pluie de ballons bleus, rouges et blancs du final, cette soirée d'intronisation n'a pas les scintillements de la prestation démocrate. Elle ne joue sur l'émotion que lorsque John McCain évoque sa captivité au Vietnam et avoue avoir «craqué» sous la torture. C'est là, dit-il que son appréciation «pour les nombreux agréments de la vie en Amérique» s'est transformée en véritable «amour pour mon pays. Je l'aime parce que ce n'est pas seulement un lieu, mais une idée, une cause digne qu'on se batte pour elle. Je n'ai jamais été le même depuis. J'appartiens à mon pays.»

    C'est ce patriote, ce héros presque intimidant, ce soldat qui attend depuis un quart de siècle qu'on l'appelle en première ligne qui propose de se métamorphoser en père de la nation : «J'ai été un serviteur, en premier, en dernier et toujours. Je ne travaille pas pour un parti, pour des intérêts particuliers ou pour moi-même : je travaille pour vous.» Dans sa promesse de changement, il ne cherche pas vraiment à rivaliser avec Barack Obama. Il s'offre plutôt en recours auprès de ceux qui voient le jeune sénateur de l'Illinois comme un saut dans l'inconnu. «Rien n'est inévitable, dit John McCain. Battez-vous avec moi. Battez-vous pour ce qui est juste, pour les idéaux d'un peuple libre. Dressez-vous pour défendre notre pays contre ses ennemis. Levez-vous pour la belle, la prodigue Amérique, l'Amérique bénie.»

    » VIDEO - Le discours de McCain

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