• La troublante ascension
    du nouveau maître du Pakistan

    De notre envoyée spéciale à Islamabad, Marie-France Calle
    05/09/2008 | Mise à jour : 19:36
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    Dans un pays confronté au chaos politique, économique et à la menace terroriste, Asif Ali Zardari, le très controversé veuf de Benazir Bhutto doit être élu samedi par le Parlement à la présidence du Pakistan.

    Jamais sans ma femme… Sur les affiches électorales de facture naïve aux couleurs criardes, Asif Ali Zardari apparaît toujours en compagnie de sa défunte épouse, Benazir Bhutto, et de son fils, Bilawal Zardari, rebaptisé Bhutto-Zardari. Dynastie oblige. À cette trinité, l'artiste ajoute parfois en arrière-plan l'effigie de Zulfikar Ali Bhutto, le père de Benazir. C'est lui qui a fondé le Parti du peuple Pakistanais (PPP) en 1967. Emprisonné dix ans plus tard par le général Zia-ul-Haq, il a été pendu le 4 avril 1979. En compagnie de ces héros tragiques, Asif Ali Zardari, avec sa moustache de play-boy et ses cheveux gominés, fait un peu «pièce rapportée» sur les posters géants.

    Dans la vie réelle, Zardari est pourtant seul, désormais. À 53 ans, il est surtout en passe de devenir le plus puissant des présidents civils qu'ait jamais connus le Pakistan. Ironie de l'histoire, ses pouvoirs extraordinaires, il les aura hérités de Pervez Musharraf. Le général-président les avait forgés pour son propre usage. Ils ne lui ont été d'aucun secours le moment venu. Musharraf a été contraint de démissionner le 18 août dernier. Bilawal a été nommé président du PPP dans les jours qui ont suivi l'assassinat de Benazir Bhutto, le 27 décembre 2007. Mais, âgé de 19 ans, il a été renvoyé à ses chères études, en Grande-Bretagne. Et il se murmure qu'Asif Ali Zardari se débarrasse peu à peu de la garde rapprochée de Benazir. Le «régent» n'est-il pas en train de devenir roi, la chrysalide, papillon ? Il devrait être élu sans encombre vendredi par le Parlement national et les quatre assemblées provinciales.

    Loin d'être plébiscité par les Pakistanais, Zardari a su manœuvrer avec brio. Éliminant Nawaz Sharif, le chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), l'étoile montante du nouveau paysage politique, un dangereux rival. Tenant à distance Iftikhar Muhammad Chaudhry, le président de la Cour suprême limogé par Musharraf en novembre dernier. Le magistrat menaçait de faire voler en éclats l'amnistie qui a officiellement blanchi le couple Bhutto-Zardari des charges de corruption qui pesaient contre lui.

    Son parcours laisse «pantois»

    Voici donc l'homme avec un boulevard politique devant lui. «Du vivant de Benazir, Zardari n'était pas vraiment sous les feux de la rampe. Ils avaient en fait passé une sorte d'accord tacite aux termes duquel l'un des deux s'occuperait des enfants tant qu'ils seraient petits. C'est Zardari qui est devenu le baby-sitter», raconte Mariana Baabar, journaliste à Islamabad.

    La récente métamorphose de Zardari n'a échappé à personne. Même Najam Sethi, directeur de la rédaction du Daily Times à Lahore, un ami de la famille, le reconnaît : «Il est passé du rôle de troisième violon qu'il avait occupé auprès de Benazir durant toute sa vie d'homme marié, à celui de futur président. Et quel président ! Il devrait devenir le plus puissant chef d'État de toute l'histoire du Pakistan, tout cela à cause d'événements aussi tragiques que l'assassinat de son épouse.» Sa «transformation» est autant physique que morale. Zardari a habilement troqué son profil de «gangster» contre celui d'un homme respectable et policé.

    Il a taillé sa moustache, et met un peu moins de gel dans ses cheveux. Cyril Almeida, chroniqueur à Karachi, n'en est pas moins sceptique : «Du rôle de play-boy à celui de premier mari, du statut d'ennemi public numéro un à celui de régent et, enfin, à celui de président, le parcours d'Asif laisse pantois même ceux qui pensaient avoir tout vu.»

    Car l'homme n'est pas blanc-bleu. On lui prête les crimes les plus crapuleux. De l'élimination de son beau-frère à Karachi, dans les années 1980, à une pratique éhontée de la corruption. Les pourcentages prélevés sur de gros contrats entre le gouvernement et des entreprises internationales, lorsque Benazir était premier ministre (1988-1990 et 1993-1996), lui ont valu le sobriquet de «M. 10 %»… et de passer onze ans en prison. Nombre d'analystes jugent qu'il lui sera difficile de se reconvertir en «M. Propre» du jour au lendemain.

    Un président si sulfureux ne pouvait pas plus mal tomber pour le Pakistan. L'économie est à genoux. Le pays est en proie à une vague terroriste sans précédent. Et ce qu'Islamabad redoutait depuis longtemps est en train de se produire : les forces américaines ont commencé à faire le ménage elles-mêmes dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan. Hier, pour le troisième jour consécutif, les forces de la coalition stationnées en Afghanistan ont attaqué au Waziristan. Un drone a largué des bombes sur le nord de l'agence tribale. Cinq personnes ont été tuées.

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