• Visite historique de Rice
    en Libye

    Pierre Prier
    05/09/2008 | Mise à jour : 22:56
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    Le voyage de la secrétaire d'État américaine scelle la réconciliation de Washington avec le «chien fou».

    Condoleezza Rice n'est restée vendredi que quelques heures en Libye, le temps d'un iftar, le repas de rupture du jeûne du ramadan. Son voyage, le premier d'un officiel américain à Tripoli depuis 1953, n'en revêtait pas moins une importance historique. Rice a partagé son dîner avec celui que Ronald Reagan avait surnommé le «chien fou». En 1986, en représailles à un attentat contre une discothèque berlinoise fréquentée par des militaires américains, l'US Air force avait bombardé la résidence de Kadhafi à Tripoli, le ratant de peu et tuant sa fille adoptive.

    La réconciliation tient au pragmatisme du Guide de la révolution, qui a tiré les leçons de la chute de Saddam Hussein. La visite de Rice était suspendue au règlement du dernier contentieux entre les deux pays. Le 14 août, Kadhafi s'est engagé par écrit à verser des indemnisations aux familles des victimes de Berlin. Le colonel a aussi promis de verser les dernières tranches des sommes dues aux familles des morts de l'explosion d'un Boeing de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie en décembre 1988.

    Collaboration avec la CIA

    Même si le colonel libyen n'en continue pas moins à nier la participation de la Libye dans ces actes de terrorisme, les États-Unis se montrent satisfaits de ce succès de leur diplomatie, l'un des rares de l'ère George Bush fils. La réconciliation est le fruit «de la décision historique qu'a prise la Libye de renoncer à ses armes de destruction massive et au terrorisme», a rappelé Condoleezza Rice vendredi à Lisbonne. En décembre 2003, après des mois de négociations secrètes, la Libye annonçait brusquement qu'elle renonçait à son programme nucléaire militaire. Qu'importe si le matériel était en grande partie resté dans ses caisses. Washington était surtout intéressé par le geste, et par les informations livrées par les Libyens sur la filière pakistanaise, à travers laquelle ils s'étaient procuré les éléments de leur future arme nucléaire.

    Une collaboration étroite entre les services libyens et la CIA s'est ensuivie. «Nous invitons la CIA à des réunions internationales de chefs de services de renseignement», reconnaissait il y a quelques mois un officiel libyen chargé de l'Afrique. Des militaires américains en uniforme assistent également aux manœuvres de l'armée libyenne. La Libye participe à la «guerre contre le terrorisme» en fournissant des noms de jeunes Libyens partis mener le «djihad» en Irak. En échange, Kadhafi a obtenu l'inscription, sur les listes américaines et britanniques de mouvements terroristes, des groupes armés intégristes libyens qui ont cherché à le renverser.

    Intérêt mutuel

    La Libye s'inquiète toutefois de la montée en puissance de son nouvel allié, surtout en Afrique, que Tripoli considère comme son pré carré. Le projet d'«Africom», un commandement militaire américain supervisant le continent, ainsi que l'enrôlement de la plupart de pays du Sahel dans un programme militaire irritent au plus haut point le colonel. «C'est cela qui va créer du terrorisme», protestait le même officiel libyen. Kadhafi lui-même tient régulièrement à récuser l'idée d'une Libye aux ordres de Washington. «Nous n'avons pas d'intérêt à être en conflit avec les États-Unis. Mais nous n'acceptons pas non plus de nous soumettre à eux», a-t-il dit lundi. «Tout ce que nous voulons, c'est qu'ils nous laissent tranquilles», a-t-il ajouté, offrant sans doute le meilleur résumé de la nouvelle politique libyenne. Les États-Unis savent qu'ils doivent s'accommoder d'un allié fantasque, qui, le 31 juillet, a annoncé son intention de supprimer l'administration et de distribuer la manne pétrolière directement à la population.

    En attendant, le retour des compagnies pétrolières américaines, dans un pays qui promet de porter prochainement sa production à 3 millions de barils/jour, apportera en même temps la réhabilitation d'un appareil de production vétuste. De l'intérêt mutuel bien compris.

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