P_natalia Eyedea
 

À lire aussi :

Lætitia Casta : “Quand on est tendre, on est soi”
Elle fut une ardente Ondine. Elle revient au théâtre dans Elle t'attend, la nouvelle pièce de Florian Zeller, dans laquelle elle incarne une femme ...

Marie-Josée Croze : "J'ai fini par dompter ma timidité"
Visage diaphane, caractère bien trempé. L'actrice québécoise, valeur montante du cinéma français, nous parle sans détour de son métier et de son e...

Rencontre avec Eva Green
Elle pose son regard de braise sur l’univers du cinéma avec passion et modestie. Troublante, l’ex-James Bond girl, égérie Dior du parfum Midnight P...

Madame Figaro

Natalia Vodianova, étoile de l’Est

On la surnomme Supernova. Ne pas se fier à son minois de femme-enfant. Il cache un tempérament de feu, forgé par une trajectoire hors du commun. Aujourd’hui égérie de Guerlain, l’ex-petite marchande de légumes a mis le monde de la mode à ses pieds. Et porte haut sa fondation pour les enfants russes.

Paru le 28.08.2008, par François Simon

(1/4)

Sur la terrasse ombragée du Hollist House, un pub du Sussex, en Angleterre, cette fille mange un fish and chips. Avec les doigts, la bouche, effrontément. Elle n’en a rien à battre. Elle regarde le monde du haut de son 1,77 m et de ses 26 ans. Et ce regard est un des plus perçants qui soit. Elle vous analyse comme un tueur de Los Angeles, vous range comme elle doit le faire depuis qu’elle est née. Cette fille est le mannequin le plus coté au monde. Toute la terre lui court après. Les garçons bien évidemment (trop tard, elle est mariée), les marques (Calvin Klein pendant trois ans, L’Oréal, Diane Von Furstenberg, Louis Vuitton et maintenant Guerlain), les photographes (Annie Leibovitz, Paolo Roversi, Mario Testino, Bruce Weber…). Elle le sait. What else ? Elle a une mission. Son nom est Natalia Vodianova.

Il faut sans doute avoir faim pour réussir. Et Natalia Vodianova a une faim très précise. C’est une revenante, une rescapée. Père absent, mère alcoolique, sœur trisomique, pas un kopek. Logiquement, à 6 ans, on devine très vite de quoi le monde est fait. Vous êtes vraiment plombée à 500 kilomètres au sud de Moscou, à Nijni Novgorod, ville réputée de surcroît pour ses distilleries de vodka. Pas même besoin de réfléchir, le jour le fait pour vous. Aller à l’école, faire la vaisselle, la cuisine, survivre.

À 15 ans, elle vend des légumes sur le marché, mais déjà, depuis longtemps, quelque chose s’était déclenché en elle. On appelle cela le destin. Sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Ni vengeance ni remord, juste une lame qui vous a traversé. Parfois, cela se transforme en catastrophe ambulante, en défenestration de l’intérieur. D’autres fois, la beauté vous tombe dessus comme une sanction, un passe-droit, une aubaine.

Natalia n’appartient pas à ces beautés codées que l’Europe produit en les surlignant. C’est une sorte de femme-enfant tombée mouillée d’une coquille Saint-Jacques. Un éclair, un songe, une improvisation. Elle n’est pas sexy, c’est un elfe, une créature tombée du ciel. Juste une sensualité distillée lorsqu’elle le souhaite. Deux secondes, trois, voire quatre. C’est tout pour le moment. Elle passe. Elle vit aux aguets. Surveille. Observe. Peut être dure, hâtive, irréfléchie.