• Barack Obama fait le pari
    de la démesure

    De notre envoyé spécial à Denver, Ph. G.
    27/08/2008 | Mise à jour : 21:22 |
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    Le candidat démocrate acceptera l'investiture du parti, jeudi soir, dans un stade en plein air de 75 000 places. De quoi prêter le flanc aux accusations de mégalomanie des républicains.

    À quelques encablures de la convention démocrate, les républicains ont ouvert un petit état-major de campagne à Denver, une sorte d'opération pirate destinée à harceler l'imposante flotte ennemie. «Comme vous le voyez, nous ne nous sommes pas ruinés sur la location», plaisante Mitt Romney en recevant les journalistes dans les locaux exigus d'une agence de publicité transformée en salle de presse.

    L'ancien rival de John McCain lors des primaires, qui rêve d'être choisi demain comme son colistier, s'exprime devant un fond de décor pour la télévision sur lequel on peut lire : «Not Ready 08, un mile de hauteur, un centimètre de profondeur» (allusions respectives à l'altitude de Denver et à la profondeur du programme de Barack Obama). «Pourquoi sommes-nous là ? demande Romney. Pour nous assurer que, derrière les paillettes et les confettis, on parle des faits. Le sénateur Obama est un homme charmant, mais il n'est pas prêt pour affronter les défis de la nation et du monde. Les gens vont regarder les soutiens qu'il reçoit de Hollywood, et puis ils décideront qui sera le meilleur président des États-Unis.»

    Cette ligne d'attaque vise à transformer l'une des principales forces d'Obama, sa capacité de susciter l'enthousiasme et de soulever les foules, en faiblesse. Jouant la carte de l'expérience austère, John McCain dépeint son rival comme un candidat tout en paillettes, une célébrité du même calibre que Britney Spears ou Paris Hilton.

    «Play-boy ambitieux et superficiel»

    Le camp démocrate va donner jeudi soir du grain à moudre à ses adversaires, en transportant la convention du Pepsi Center, qui contient 20 000 places, au stade des Broncos, qui en offre 75 000. Mégalomanie ? Officiellement, il s'agit au contraire d'une démarche démocratique : permettre au grand public, et aux milliers de volontaires, d'accéder à l'événement. Barack Obama y prononcera un discours d'investiture dans lequel il doit répondre sur le fond aux interrogations persistantes d'une partie de l'électorat.

    Mais il sera difficile d'ignorer la dimension spectaculaire, avec musique à tout rompre et lâcher de ballons dans le ciel. Obama sera précédé sur scène par Al Gore, candidat malheureux en 2000, consolé depuis par un oscar et un prix Nobel. Les caméras de télévision s'attarderont aussi sur les vedettes du show-business présentes dans les gradins.

    Ce n'est pas la première fois qu'un candidat démocrate choisit le gigantisme pour mettre en scène son intronisation par le parti : en juillet 1960, John F. Kennedy, dont la mémoire est décidément très présente à Denver, avait réquisitionné le Coliseum de Los Angeles. À l'époque, Rosalind Wyman, 78 ans, qui sera ce soir à l'Invesco Field, avait eu du mal à remplir les 100 000 places.

    Ce soir, la seule inquiétude des organisateurs porte sur la météo : le week-end dernier, cinq tornades ont frappé les environs de Denver. Wiley Drake, un pasteur californien conservateur, encourage ses ouailles à prier pour la pluie afin de ruiner la fête.

    Les démocrates misent sur le grand spectacle pour projeter un air de succès, de confiance, d'optimisme. Le soupçon d'arrogance ne semble pas inquiéter Obama. En 1960, déjà, Kennedy était considéré comme «un play-boy ambitieux et superficiel», souligne son biographe Robert Dallek. On sait ce qu'il advint.

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