
Y aura-t-il une seconde guerre de Crimée ? Le nationalisme russe de Vladimir Poutine va-t-il entrer en conflit avec les pays de l'Otan, comme l'expansionnisme du tsar Nicolas Ier se heurta militairement, en 1854, à une coalition comprenant la France, l'Empire ottoman et le Royaume-Uni ? C'est en tout cas ce que craignent certains responsables européens. Le commissaire à l'Élargissement, Olli Rehn, a déclaré mercredi que «l'Ukraine pourrait être la prochaine cible des pressions politiques de la Russie».
Et le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a dit redouter que la Russie, après l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, ait «d'autres objectifs» en vue, parmi lesquels «la Crimée, l'Ukraine, la Moldavie».
Les faits semblent étayer ces craintes, tant l'ambiance se dégrade jour après jour en mer Noire. La flotte russe a reçu mercredi l'ordre de surveiller les mouvements des bateaux des pays de l'Otan, notamment américains, qui s'y sont massés depuis la guerre éclair russo-géorgienne du début août. L'Ukraine a répliqué en annonçant son intention d'augmenter le loyer de la flotte russe basée dans le port de Sébastopol (Crimée).
Le conflit entre Kiev et Moscou sur la Crimée ne date pas d'aujourd'hui. Rattachée à l'Ukraine en 1954 par le numéro un soviétique de l'époque, Nikita Khrouchtchev, la péninsule est essentiellement peuplée de russophones, favorables au Kremlin. Mais surtout, le port de Sébastopol, fondé par l'impératrice Catherine II en 1783, abrite toujours, moyennant location, la flotte russe de la mer Noire, malgré l'indépendance ukrainienne et selon un accord conclu en 1997 pour vingt ans. Moscou a toujours maintenu le flou sur ses intentions après 2017. En mai dernier cependant, le maire de Moscou, Iouri Loujkov, a affirmé que la Russie avait le droit, si elle le voulait, de conserver cette base navale. L'Ukraine, cela va sans dire, a fort peu apprécié.
La tension est montée cet été avec le coup de force russe en Géorgie, dont l'un des principaux buts est d'empêcher Tbilissi, mais aussi Kiev, de rejoindre l'Otan. Se sentant indirectement visée par l'opération militaire dans la petite république caucasienne, l'Ukraine a fermement soutenu la Géorgie. Elle a imposé des restrictions aux mouvements de la flotte russe de la mer Noire, dans laquelle Moscou puisait des navires pour soutenir ses opérations militaires. Le chef de la diplomatie ukrainienne a averti que la Russie devait se préparer «dès maintenant» au retrait des 10 000 à 12 000 hommes qui composent sa flotte à Sébastopol. «Je vous l'assure, il n'y aura plus de flotte russe sur notre territoire après 2017», a averti Volodymyr Ogryzko.
Moscou paraît pourtant peu disposé à se retirer de cette péninsule stratégique qui lui permet de contrôler le Caucase, d'avoir accès, via le Bosphore, à la Méditerranée, de surveiller les frontières de l'Europe de l'est et du Moyen-Orient, et d'avoir un moyen de pression supplémentaire sur Kiev. Pour l'Ukraine, la mer Noire est aussi d'une grande importance stratégique, économique et militaire. Depuis la chute de l'Union soviétique, elle est aussi devenue une route commerciale de première importance pour les Européens. De quoi réveiller les diplomaties assoupies ou chatouiller à nouveau les canons qui sont restés silencieux, dans la région, depuis 1916.
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