
Le marché immobilier est bel et bien en crise. 21 500 logements neufs ont été vendus en France au deuxième trimestre. Un recul de 33,9 % par rapport au deuxième trimestre 2007. Selon les statistiques communiquées hier par le ministère de l'Écologie et du Développement durable, les ventes ont reculé dans toutes les régions, sauf en Champagne-Ardenne. La chute dépasse même les 50 % dans cinq régions : Aquitaine, Lorraine, Midi-Pyrénées, Bourgogne et Limousin.
Sur l'ensemble du territoire, 27 600 logements ont été proposés à la vente entre mars et juin 2008, soit 26,4 % de moins qu'il y a un an. L'offre a donc une fois de plus dépassé la demande. « L'encours de logements neufs disponibles continue à progresser », indique le service d'observation des statistiques du ministère (SOeS). On en comptait 110 500 au 30 juin, « un chiffre jamais atteint » selon le ministère. En un an, le délai moyen d'écoulement est passé de 7 mois et demi à 14 mois pour les logements collectifs, et de 8 mois et demi à 15 mois pour les logements individuels.
Pour Alexandre Mirlicourtois, analyste au cabinet Xerfi, si l'on ajoute à cela « un marché de l'ancien en panne, c'est bien l'ensemble des clignotants immobiliers qui ont viré au rouge ». Mais la situation n'est pas dramatique pour autant, nuance l'analyste : « cela fait maintenant plusieurs trimestres que les professionnels signalent la faiblesse de la demande et font état d'un net ralentissement des prix et de la montée des difficultés financières des candidats à l'accession », explique-t-il. « Cette clairvoyance leur a permis de s'ajuster », comme en témoigne le recul des mises en vente au deuxième trimestre.
En d'autres termes, selon Alexandre Mirlicourtois, « le scénario noir du début des années 1990 marqué par une explosion des stocks jusqu'à 18 mois en moyenne en 1992 et l'effondrement des prix n'est pas d'actualité » . Du reste, au cours de la dernière année, le prix moyen au mètre carré des logements en immeuble collectif a progressé de 3,7 %. Un niveau conforme à l'évolution de l'inflation.
Jean-François Gabilla, président de la Fédération des promoteurs constructeurs de France (FPC) voit dans la régulation de l'offre « les efforts des promoteurs pour s'adapter au marché ». Selon la FPC, le volume de ventes de logements pour 2008 sera compris entre 90 000 et 95 000, « ce qui ne sera pas sans conséquences sur les mises en chantier », prévient-elle. De fait, le nombre de mises en chantier a encore reculé entre mai et juillet, pour atteindre 107 238 soit 11,8 % de moins qu'un an plus tôt.
Selon Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas, « ces chiffres montrent bel et bien que la situation se détériore mais il serait abusif de parler de krach immobilier : la France n'est pas dans la même situation que les États-Unis ou l'Espagne ». Cette évolution de l'immobilier secteur très pourvoyeur d'emploi est particulièrement inquiétante pour l'avenir de la conjoncture française. Il fait peser un risque de remontée du chômage au cours des prochains mois, qui pourrait réduire la consommation des ménages et leurs investissements dans l'immobilier. Un cercle vicieux dangereux.
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