• Dialoguer avec Moscou

     
    27/08/2008 | Mise à jour : 23:46
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    L'éditorial de Pierre Rousselin du 28 août.

    Le comportement de la Russie en Géorgie bafoue toutes les règles de la communauté internationale. Mais si les Russes veulent, avant tout, que l'on prenne au sérieux leurs intérêts, parlons-en ! Ensuite, on verra si cela justifie une nouvelle guerre froide ou un autre genre d'affrontement.

    Dans l'atmosphère d'escalade actuelle, il est bon de ramener les choses à leurs justes proportions. La Russie n'est pas soudain redevenue «l'empire du mal» et les pays occidentaux, de leur côté, ne sont pas décidés à la découper en rondelles.

    En revanche, on ne peut pas, sans réagir, laisser la Russie imposer sa volonté à ses voisins et annexer des territoires avec ses chars et son aviation.

    L'argument de propagande du Kremlin qui s'appuie sur le «précédent» du Kosovo est une double supercherie.

    D'abord, en reconnaissant «l'indépendance» de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, le Kremlin ne s'est pas transformé en croisé du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est d'ailleurs ce que le président Dmitri Medvedev a dû expliquer à son homologue chinois, Hu Jintao, qu'il a rencontré à Douchanbe : l'indépendance de la Tchétchénie et celle du Tatarstan ne sont pas plus à l'ordre du jour à Moscou que celle du Tibet ne l'est à Pékin.

    Ensuite, le Kosovo est indépendant au terme d'un processus initié pour le protéger d'une épuration ethnique conduite depuis Belgrade. On peut déplorer l'entorse faite à la légalité internationale, mais, en Ossétie et en Abkhazie, la situation est à l'opposé : ce sont les Géorgiens qui ont été expulsés par les prorusses, et non l'inverse.

    Il ne faut donc pas se laisser impressionner par l'invocation d'une fausse comparaison entre les Balkans et le Caucase. Le seul parallèle qui compte est que la Russie considère que ses intérêts ont été bafoués en Serbie. Elle a décidé que cela ne se reproduirait pas dans le Caucase, ou en Ukraine.

    Dans son intervention devant les ambassadeurs, le président de la République est resté, hier, très ferme sur les principes. Il est «totalement inacceptable» que le Kremlin redessine unilatéralement les frontières de la Géorgie. La souveraineté de ce pays ne saurait être remise en question. En revanche, les discussions prévues par l'accord de cessez-le-feu doivent s'ouvrir sur les moyens d'assurer la stabilité des deux territoires disputés.

    L'histoire de l'Europe enseigne que «la paix et la prospérité se construisent avec des voisins dont les intérêts sont respectés et pris en compte», a relevé Nicolas Sarkozy. Cette phrase, passée inaperçue, vaut pour la Géorgie, voisine de la Russie, et vaut aussi pour la Russie, voisine de l'Union européenne. Elle devrait inciter le Kremlin à cesser les provocations et à entamer un vrai dialogue avec les Européens.

    Mais les mots ne suffisent pas. Pour qu'un échange ait lieu, le Kremlin doit prendre l'Europe au sérieux. Le Conseil extraordinaire de lundi à Bruxelles est l'occasion de montrer que les Vingt-Sept sont unis et capables de pénaliser la Russie si elle refuse le dialogue.

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