
Dix mille athlètes, 28 sports, près d'un millier de médailles en jeu : vendredi prochain, 8e jour du 8e mois de la 8e année du XXIe siècle, s'ouvriront, à 8 h 08 du soir, les 26es Jeux olympiques de l'ère moderne.
Oui, le peuple tibétain demeure opprimé et les droits de l'homme sont bafoués en Chine ; oui, le choix de Pékin pour accueillir les Jeux olympiques répond autant à un impératif marchand qu'à une nécessité sportive ; oui, il y a trop d'argent dans le sport où la télévision dicte sa loi, esthétique mais aussi économique ; oui, le risque existe de voir le régime communiste chinois exploiter l'événement pour asseoir sa puissance totalitaire ; oui, l'ombre du dopage plane au-dessus des athlètes locaux qui, plus que tous les autres, sont tenus à des exigences de performance hors du commun, et ce au risque de piétiner le credo édicté il y a cent ans aux JO de Londres par monseigneur Talbot et repris par Pierre de Coubertin : « L'essentiel n'est pas de gagner mais de participer. » Mais lors de quelles olympiades ces questions ne se sont-elles pas posées ?
Berlin en 1936 ? Moscou en 1980 ? Séoul en 1988, qui vit la chute du tricheur Ben Johnson ? Atlanta - ou plutôt Coca-Cola City - en 1996 ?
Dans une semaine, ces débats se poursuivront mais seront relégués au second plan. Légitimement, le sport reprendra ses droits et les athlètes leurs efforts, loin des enjeux politiques, pour honorer l'esprit olympique, ce mélange unique des gens, des genres, des disciplines, des nations. Au bord des piscines, Cubains et Américains se saluent courtoisement ; sur les pistes, cyclistes japonais et coréens s'affrontent en toute cordialité ; sur les pas de tir, Serbes et Croates visent dans la même direction. Au village olympique se côtoient pongistes et perchistes, volleyeurs et hockeyeurs, judokas et kayakistes, stars planétaires et athlètes anonymes, Kobe Bryant et athlètes moldo-valaques connus de leurs seules familles. Dans les disciplines les plus individuelles (les sports de raquette, de force ou de combat) prime avant tout l'idée d'apporter une médaille à son pays, de faire s'élever dans le ciel les couleurs de son drapeau, retentir aux oreilles du monde l'hymne de sa patrie.
Par sa rareté (tous les quatre ans), sa dimension planétaire, son aura médiatique, sa perception par les athlètes comme l'acmé de leur carrière, le rendez-vous olympique donne fréquemment lieu à des exploits et des histoires hors du commun. Il permet aussi au grand public de se familiariser avec des sports habituellement handicapés par leur faible dramaturgie ou leur aspect peu spectaculaire (donc télévisuellement inutile).
Ces exploits obtenus au prix de mille souffrances, ces histoires pleines de sueur et de larmes, ces sportifs qui en sont les héros, ces disciplines mal connues, Le Figaro Magazine vous invite à les (re)découvrir dans un dossier exceptionnel à conserver durant toute la durée des Jeux.
Des médailles françaises attendues en judo, cyclisme, natation, handball...
A la fois instructif et édifiant, ce guide pratique décliné jour après jour permet d'apprendre, entre autres, les choses suivantes : en 1900 fut disputée, dans la Seine (!), une épreuve de 200 mètres avec obstacles ; le base-ball vivra cette année sa dernière olympiade ; Jeannie Longo sera présente à Pékin, vingt-quatre ans après sa première apparition olympique ; la Française Micheline Ostermeyer fut sacrée championne olympique du lancer du disque quinze jours après son premier entraînement ; une nageuse australienne déroba un drapeau japonais devant le palais impérial de Tokyo en 1964 ; les Allemands n'hésitèrent pas à aligner un homme (déguisé) à l'épreuve de saut en hauteur féminin en 1936 (en vain : il termina quatrième du concours) ; le nageur américain Mark Spitz détient le record du nombre de médailles d'or obtenues en une seule olympiade (Munich, 1972), mais son compatriote Michael Phelps pourrait bien l'égaler cette année, voire le battre, etc.
Et les Français, dans tout cela ? Le ministre des Sports, Bernard Laporte, estimait dans nos colonnes la semaine dernière que rapporter moins de 40 médailles constituerait « une déception ». Certes. Entre les moissons aquatiques prévisibles grâce à Alain Bernard et Laure Manaudou en natation, Tony Estanguet et Fabien Lefèvre en canoë et en kayak, Hardy et Macquet en aviron, Bontemps et Merret en voile, les podiums attendus dans les sports où la France excelle traditionnellement (judo avec l'impressionnant Teddy Riner, équitation, escrime, cyclisme avec les épreuves de vitesse, de VTT et de BMX, etc.) et la forme optimale des équipes masculine et féminine de handball (seul sport collectif où la France est qualifiée), d'agréables surprises sont espérées en athlétisme, l'épreuve reine des Jeux, et en pentathlon moderne. Un sport dans lequel brilla en son temps le futur général Patton. Un homme de victoires...
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une déception»
» DOSSIER SPÉCIAL - Jeux olympiques
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