• Turbulences
    sur le marché immobilier

    Christine Lagoutte et Carole Papazian
    20/06/2008 | Mise à jour : 21:03 |
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    Le nombre de transactions devrait chuter de 15 % en 2008.
    Le nombre de transactions devrait chuter de 15 % en 2008. Crédits photo : Michel GAILLARD/REA

    Acheteurs et vendeurs sont rattrapés par la crise.

    Il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu autant d'agences immobilières mettre la clé sous la porte. Signe que les affaires se font plus dures. «Les demandes de cessions de cabinets immobiliers ont augmenté d'environ 20 % depuis un an», explique Jean-François Buet, secrétaire général de la Fnaim. Les fermetures d'agences sont un bon indicateur de la santé du marché. Aujourd'hui, les agences se vendent moins facilement. «Le nombre de transactions sur des cabinets immobiliers a chuté de 60 % en un an», précise Jean-François Buet.

    Si les agents immobiliers peinent, c'est d'abord parce que les acheteurs, pris en tenailles entre la hausse des taux des crédits immobiliers, des prix élevés et des banques peu prêteuses, sont moins présents. Le marché se grippe. «Le volume de ventes a baissé de 15 à 20 % en un an», reconnaît par exemple Patrick-Michel Khider, un des deux fondateurs de Laforêt Immobilier. Et ce n'est pas fini. À titre personnel, Jean-François Buet estime qu'en 2008 le volume des transactions pourrait reculer de 15 à 20 % dans l'ancien.

    Autre clignotant passé à l'orange, les délais de revente qui s'allongent dans l'ancien comme dans le neuf. «Il fallait en moyenne trois mois pour vendre un logement en France il y a un an, il en faut aujourd'hui six à huit selon les régions», estime Jean-François Buet. Résultat, le nombre de mandats de vente dans les agences de la Fnaim a augmenté de 50 %.

    Certains acheteurs ont jeté l'éponge

    Les acheteurs tablent sur une baisse des prix et préfèrent jouer la montre. D'autres ne sont plus là, tout simplement parce qu'ils ne le peuvent plus. «Les banques ne veulent plus entendre parler de crédit relais, ce qui bloque totalement des projets d'acquisition pour des ménages qui n'ont pas encore vendu leur appartement. Du coup, les maisons individuelles mises en vente entre 300 000 et 400 000 euros ne reçoivent aucune visite et n'auront bientôt plus de valeur de référence», constate  Me Jean-Marie Montazeaud, président de la commission de conjoncture des notaires d'Ile-de-France. Selon lui, le coup de frein actuel est moins lié aux prix qu'au blocage des banques. «Nous enregistrons en moyenne deux désistements pour 5 contrats de réservation», renchérit pour sa part Me Philippe Sansot, notaire dans le Val-d'Oise.

    Comme toujours en phase de retournement, le marché est difficile à lire en termes de prix, qui évoluent de manière disparate. Il va falloir du temps pour que vendeurs et acheteurs s'adaptent, les premiers en arrêtant d'anticiper une hausse des prix qui n'aura pas lieu. Les seconds en se décidant à passer à l'acte une fois les turbulences passées. «La phase d'ajustement dure en général un an», note Bernard de Crémiers, un des deux fondateurs de Laforêt immobilier. Il table sur une baisse moyenne des prix de l'ordre de 10 % en France à l'automne et de 5 à 10 % dans les deux années qui viennent. «Je ne crois pas à un effondrement des prix, mais l'attitude des banques et leur capacité à accorder des prêts sera déterminante», estime quant à lui Bernard Cadeau, le président d'Orpi. «La situation actuelle ne devrait pas se traduire par une forte baisse des prix, car les demandes sont toujours là, les primo-accédants préfèrent toujours rembourser un crédit que payer un loyer», souligne toutefois Christian Rolloy, PDG de Promogim, dont les ventes sont en retrait de 3,5 % depuis le début de l'année. Les promoteurs tablent sur un repli de 15 à 20 % dans le neuf.

    Dans l'ancien, c'est un recul des prix de 3 à 5 % qui est attendu cette année. Une baisse mesurée par rapport à la hausse de ces dernières années. Mais ponctuellement les variations peuvent être plus amples, car il n'y a pas un marché, mais des marchés de l'immobilier. «Dans certaines régions du Sud-Ouest, le marché risque de subir le contrecoup de la crise immobilière britannique. Les acheteurs d'outre-Manche se font rares», indique ainsi Bernard Cadeau.

    La capitale reste à part. «Les prix ont continué à monter à Paris jusqu'à fin avril, depuis ils stagnent», note Bernard de Crémiers. Le marché est pourtant en train de changer. Sur le haut de gamme, un palier est franchi. «Pour des appartements bourgeois classiques dans les bons quartiers de Paris, les prix n'ont pas baissé, ils se sont stabilisés, mais par exemple la barre des 10 000 euros le mètre carré dans le XVIe nord et la plaine Monceau ne passe plus», remarque ainsi Charles-Marie Jottras, le président de Féau.

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