• Xavier Darcos, enfin maître de l'école

    Xavier Darcos.
    Xavier Darcos. Crédits photo : Sébastien Soriano/Le Figaro

    CETTE FOIS-CI, il a changé ! Xavier Darcos est content. Il ne se plaint plus, ne peste plus, et ne dit plus de mal de son prochain. À 60 ans tout ronds - il les a fêtés le 14 juillet - le voici enfin ministre de l'Éducation, et seul maître en son royaume. En accédant au cercle très fermé du gouvernement Fillon, le maire de Périgueux a gagné sa revanche. Une revanche qui n'a tenu qu'à un fil. « J'ai beaucoup hésité, parce que c'était la décision la plus importante que nous devions prendre dans la formation du gouvernement », a expliqué récemment Sarkozy à des proches. « Nous avions peur qu'un homme du sérail n'ait pas le courage de réformer. Mais pour le moment, tout se passe bien », confiait de son côté François Fillon, qui fut tenté un temps de nommer Michel Barnier.
    Per aspera ad astra - « des obstacles aux astres » - a-t-il fait graver sur l'épée de membre de l'Académie des sciences morales et politiques, où il a été reçu en mars dernier, en présence du Tout-Paris politique et universitaire. Quels obstacles ? Xavier Darcos entre tard en politique, à 46 ans. Quand son ami François Bayrou, alors ministre de l'Éducation, en fait son directeur de cabinet, en 1993 - les deux hommes, qui se sont connus dans les prépas bordelaises, sont restés proches malgré les désaccords politiques ultérieurs. Conseiller au cabinet d'Alain Juppé à Matignon en 1995, il devient maire de Périgueux en 1997, et sénateur dans la foulée. Jusqu'à la formation du gouvernement Raffarin, en 2002, la carrière de cet agrégé de lettres classiques, ex-prof de khâgne à Louis-le-Grand, est un sans-faute.
    C'est alors que le ministère de l'Éducation nationale lui passe sous le nez, au profit de Luc Ferry. Il se retrouve délégué à l'Enseignement scolaire, sous la tutelle, suprême punition, du philosophe cathodique. Diable ! Ce tandem-là aura donné plus de fil à retordre à Jean-Pierre Raffarin qu'un certain Nicolas Sarkozy à l'Intérieur. Et aujourd'hui encore, Xavier Darcos redoute que son « ami » Ferry ne lui décoche quelques flèches trempées dans l'acide. En 2004, le premier ministre met un terme à ce duo infernal. Ferry est renvoyé et Darcos, qui convoite l'Agriculture, est muté à la Coopération.
    Écarté par Villepin
    En 2005, nouvel obstacle. Dominique de Villepin l'associe aux groupes de travail qu'il réunit en catimini pour préparer son arrivée à Matignon. « Il m'a pressé comme un citron », raconte Darcos. Comme prévu, Villepin devient premier ministre, mais... ne le nomme pas dans son gouvernement. Pour s'en expliquer, il le reçoit à Matignon et lui lance : « La politique, c'est comme ça, il faut avoir des c... » Une maxime que Darcos a peu goûtée : « Ce fut une déception morale plus que politique », dit-il à l'époque. Villepin devient son ennemi intime, baptisé par lui « le faux savant », ou encore le « barbouze », bien avant l'éclatement de l'affaire Clearstream. Jacques Chirac lui trouvera néanmoins une place d'ambassadeur de France à l'Unesco.
    Les vents portent donc Xavier Darcos vers les rivages sarkozystes. Un monde nouveau pour cet esthète, fin et cultivé, classé par Sarkozy dans la catégorie des « juppéistes », premiers de la classe et donneurs de leçons. Mais François Fillon, autre recalé du gouvernement Villepin, joue les intermédiaires. Tous communient dans un rejet de la Chiraquie. Sa seconde épouse, Laure Darcos, a la passion de la politique et s'entend bien avec Cécilia Sarkozy.
    Le voici ministre de l'Éducation. Fera-t-il les réformes dont il a tant parlé ? Ce bon vivant, ami des grands cuisiniers, est plus proche des politiques de la IIIe République que des réformateurs appréciés de Sarkozy. Grand-père paysan, et père boursier : il est le dernier des profs à s'approcher du sommet de l'État. Ce « réac » qui se marre, auteur récent d'un Tacite, ses vérités sont les nôtres (Plon), en a gardé un scepticisme sur le pouvoir des hommes à changer le cours du monde. L'un des convives les plus fins de la classe politique, qui a créé à Périgueux le Salon du livre gourmet, a-t-il vraiment envie d'en découdre ? Son ami, le critique gastronomique Jean-Luc Petitrenaud, loue sa connaissance pointue des vins, son goût de la bonne table, qui « désamorce tous les sujets », et du vin qui « arrondit la conversation ». « Pour lui, tous les cuisiniers seraient dignes d'être sénateurs, tant leur savoir-vivre est grand », résume son ami Jean de Boishue, aujourd'hui conseiller auprès de François Fillon. L'un d'entre eux, Alain Ducasse, a été son témoin de mariage. D'autres le voyaient plus volontiers en ministre de la Culture. Hugues Gall, ancien patron de l'Opéra de Paris, admire le mélomane : « Ils ne sont pas très nombreux à droite à aimer la musique : Toubon, Devedjian, Bachelot ; mais Xavier Darcos est le plus fervent. »
    « J'ai l'impression qu'il est obligé de naviguer entre les écueils. Il ne veut déplaire à personne », constate déjà Gérard Aschieri, le patron de la FSU, avant de prévenir : « Il fait miroiter des mesures de revalorisation, mais la grosse question de la rentrée sera celle des suppressions de postes. »
    «Le Club Med à l'école c'est fini»
    D'une main, Xavier Darcos stigmatise avec bonheur les démagogies du temps présent, « le despotisme de l'actuel », « les prêchi-prêcha du droit-de-l'hommisme ». Il déclare que « le Club Med à l'école, c'est fini ». De l'autre, il corrige, prudent : « J'aime beaucoup ce milieu, même si j'en vois les travers. Cela dit, la ligne d'horizon du PS et la nôtre ne sont pas si différentes. Nous voulons tous l'école républicaine. » La rupture de Darcos se fera-t-elle sous tranquillisant ? À sa décharge, la première concession, c'est Nicolas Sarkozy qui la lui demande. Il abroge le décret de Gilles de Robien sur les décharges horaires, qui devait entraîner la suppression de 3 000 postes. Quant à la suppression de la carte scolaire, elle attendra 2010 - pour le moment seulement 20 % de dérogations sont autorisées.
    Xavier Darcos admire le pape Jean XXIII qui a contraint l'Église au grand aggiornamento de Vatican II. Il y a un mois et demi, raconte-t-il, son ami le cardinal Lustiger lui a téléphoné pour lui faire ses adieux, avant de mourir. Il lui a souhaité « bonne chance », en ajoutant « je serai là ». « C'était bouleversant », confie Darcos. Qui aura bien besoin de la « foi qui déplace les montagnes » pour réformer l'Éducation nationale.

    PROCHAIN PORTRAIT : Xavier Bertrand
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