• Xavier Bertrand, le travail récompensé

    C'EST L'HISTOIRE d'un ancien agent d'assurances qui, en cinq ans, est devenu une valeur sûre de la droite. « Dans le gouvernement Fillon, Xavier Bertrand est l'un de ceux qui peuvent peser sur les choix », avance même un de ses amis ministre. À 42 ans, le ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité a en effet réussi une belle ascension politique.
    Élu député de l'Aisne en 2002, il vient de faire passer sans trop d'encombres une loi-cadre sur le service minimum dans les transports. Promesse de Sarkozy pendant la campagne présidentielle, la mise en place d'un service minimum était, depuis les grandes grèves de 1995, une idée fixe de la droite. Cette fois-ci, c'est chose faite.
    Dès sa nomination, l'Élysée, qui veut un signal politique fort, lui demande d'occuper le terrain sur ce sujet délicat et relativement idéologique. Avant même de savoir ce qu'il va proposer, il commence donc par courir les radios, y parle d'un aléatoire « droit à se rendre au travail » ou d'une « obligation collective de réussite ».
    Fidèle à une méthode qui lui a réussi au ministère de la Santé, Bertrand potasse énormément son dossier et tâche de se faire sa propre opinion en consultant large, le plus souvent en privé.
    Satisfaites de son passage avenue de Ségur, les organisations syndicales auraient même exercé de discrètes pressions pour qu'il soit nommé aux Affaires sociales. Mais elles ne comptent pas lui faire de cadeau. « Il est habile et relativement sympathique. Mais on a vite senti qu'il voulait mettre en place un service minimum dans les transports pour empêcher les mouvements de grève lorsqu'il s'attaquerait aux régimes spéciaux de retraite », analyse un leader syndical.
    Lors de ses entretiens en tête à tête, il comprend que les dirigeants des entreprises de transports, dont Anne-Marie Idrac, le président de la SNCF, préféreraient qu'on les laisse gérer seuls. Que les syndicats ne transigeront pas sur une remise en cause du droit de grève. Que l'opposition promet une guérilla parlementaire. Mais un sondage lui indique que les Français veulent cette réforme à 82 %, à condition que l'on respecte l'usage du droit de grève. Et les députés de la majorité sont pressés d'en découdre sur cette réforme très symbolique.
    Afficher des résultats tangibles
    Muni de ce viatique, Xavier Bertrand dose risques et reculs dans son projet d'accord. On n'y trouve pas trace d'obligation de service entre 7 heures et 10 heures ou entre 16 heures et 19 heures, comme l'avait promis le candidat UMP. Ni des réquisitions de personnel, réclamées par une partie de l'électorat de droite. Mais la possibilité de voter à bulletins secrets la poursuite d'une grève et l'obligation de se déclarer gréviste 48 heures avant constituent de vraies innovations.
    Et Xavier Bertrand n'oublie pas d'adresser un signal aux députés de la majorité en réaffirmant noir sur blanc que les éventuels jours de grève ne seront pas payés. « En tout cas, le projet d'accord n'aura été rédigé ni à l'Élysée, ni à Matignon », se félicite-t-on dans l'entourage du ministre.
    De ces premiers pas dans la peau d'un ministre du Travail, Bertrand tire déjà la conclusion que « les réformes sociales sont désormais possibles. Ne serait-ce que parce que les syndicats ont compris que les choses bougeraient de toute façon ». Persuadé qu'il faut afficher des résultats tangibles si l'on veut être crédible en politique, Bertrand veut désormais aller vite. « La période d'essai pour un ministre est très courte. Mais mon expérience de porte-parole durant ma campagne présidentielle est utile, notamment parce que je sais ce que le président de la République a en tête », ajoute-t-il.
    Cette proximité, ainsi que la rapidité de sa carrière politique ne lui valent pas que des amitiés parmi ses homologues, qui ont vu arriver un nouveau poisson dans un bocal. On lui prête l'intention de briguer Matignon et d'attendre tapis au coin du bois la chute de Fillon.
    Certains font courir la rumeur qu'il n'aurait pas toujours été bon camarade avec l'autre porte-parole du candidat Sarkozy, l'actuel ministre de la Justice Rachida Dati. Celle-ci, pourtant, ne s'en est jamais plainte. « La droite s'est aperçue, notamment au moment de l'interdiction du tabac dans les lieux publics et de sa nomination en tant que porte-parole, qu'il compterait à l'avenir. Pour certains, c'est une mauvaise nouvelle », tranche son entourage. Pour d'autres, comme pour les parlementaires avec qui il entretient des relations nourries, c'en est, en revanche, une bonne. « Bertrand ne craint pas d'aller au fond de la technique d'un projet de loi ou d'un dossier, mais reste dans une épure politique. C'est un équilibre que tous les ministres ne savent pas atteindre », témoigne cet élu de l'Est.
    Xavier Bertrand se contente de dire qu'« il n'avait pas prévu ce qu'il lui est arrivé, surtout pas si vite et que, oui, cela donne une forme de liberté ». Pas prévu, peut-être, mais en tout cas méthodiquement préparé, depuis ce jour d'avril 2004 où il est entré dans le gouvernement Raffarin comme secrétaire d'État à l'Assurance-maladie auprès de Douste-Blazy.
    Ministre de plein exercice un an plus tard, il gagne ses galons en gérant la crise du chikungunya à la Réunion, en renouant avec le corps médical et en imposant l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Début décembre 2006, il est le premier ministre du gouvernement Villepin à rallier publiquement Nicolas Sarkozy. Cette prise de risque lui vaudra la rancune de Villepin et des chiraquiens, mais le poste très convoité de porte-parole du candidat.
    Lors de la composition du premier gouvernement Fillon, en mai, Nicolas Sarkozy pense d'abord à le nommer à l'Intérieur, puis à Bercy, avant de trancher en faveur des Affaires sociales. Bertrand est bon négociateur et, sous ses airs ronds, il sait de mieux en mieux montrer les dents. Quant à Bercy, « c'était trop tôt, je ne lui aurais pas rendu service », a confié Sarkozy. Preuve que le président de la République envisage une collaboration de long terme avec son ministre du Travail.
    D'ici là, Xavier Bertrand a du pain sur la planche. La lettre de mission qu'il a reçue, fin juillet, de l'Élysée fait cinq pages, avec quelques morceaux de choix comme l'unification du droit du travail, la poursuite de la réforme des retraites, publiques comme privées, la mise en place d'une cinquième branche de la Sécurité sociale début 2008...
    Prochain portrait : Michel Barnier
    « Les réformes sociales sont désormais possibles. Ne serait-ce que parce que les syndicats ont compris que les choses bougeraient de toute façon. »
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